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04.06.2006

De la délinquance des mineurs

Revenons maintenant à la question des mineurs délinquants qui a été évoquée ces derniers jours. Tony Blair avait un slogan très intéressant et qui lui a fait remporter les élections: "dur avec le crime, dur avec les causes du crime". En bref, la délinquance naît souvent sur un terreau économique et social défavorable, mais cela n'exonère pas l'individu délinquant.

Alors la délinquance des mineurs dans tout ça? Déjà c'est un problème centenaire. Il y a eu les "sauvageons" de Jean-Pierre Chevenement, l'alerte aux blousons noirs des années 70, les "apaches" au début du siècle. La question des mineurs délinquants hante nos sociétés depuis longtemps. C'est d'ailleurs dans le contexte infiniment progressiste de la fin de la guerre 39-45, qui a vu naître la sécurité sociale, qu'est publiée l'ordonnance de 1945 sur la délinquance des mineurs: " Il est peu de problèmes aussi graves que ceux qui concernent la protection de l'enfance et parmi eux … l'enfance délinquante. "(JO - 2 février 1945). L'idée est de traiter l'infraction non pour elle-même, mais comme le symptôme d'une inadaptation sociale qu'il s'agit de corriger.

Un rappel des enjeux sur le site du CNRS: Les jeunes face à la justice pénale.

Car si les mineurs délinquants sont une réalité qui perturbe la vie des quartiers et des collèges dits sensibles, comment résoudre le problème. Les maisons de correction ont été un échec. Par contre, les éducateurs ont partiellement résolu le problème des blousons noirs.

Mais le chômage de masse depuis 30 ans a joué un rôle majeur. Des parents démissionnaires, très certainement mais comment les réhabiliter dans leur rôle alors qu'ils sont au chômage ou qu'ils font partie de ces mères célibataires qui doivent travailler et éduquer leurs enfants, avec des horaires de travail qui ne leur permette pas toujours de concilier les deux?

Quel espoir pour cette jeunesse non qualifiée qui n'a pour horizon que le chômage ou l'argent facile de la drogue?

On sait qu'un adolescent a besoin d'un peu d'intimité pour faire ses devoirs, et plus généralement pouvoir se construire. Mais au vu du problème de logement, c'est impossible pour de nombreuses familles.

Autre question, celle des cages d'escaliers, comment permettre aux jeunes de se réunir sans déranger le reste de la population?

Et la justice. D'un côté celle pour les puissants, comme pour Guy Drut ou pour la déliquance financière qui n'écope que de peines avec sursis. De l'autre celle pour les pauvres où règne la Tolérance Zéro. Celle où l'on se fait contrôler trois fois par jour si on a pas un profil BBR (Bleu Blanc Rouge). Celle où la présomption d'innocence n'existe pas et où les avocats commis d'office étudie seulement 10 minutes un dossier qui va conduite à 3 ans de prison. Comment redonner confiance en la justice?

Quant à la sanction, il existe un vide. Finalement le Juge des Enfants se retrouve à hésiter entre le rappel à l'ordre (en bref, peu de choses) et la prison, qui sous sa forme actuelle résout rarement les problèmes (les délinquants qui vont en prison en sortent souvent pire).

Il faut réhabiliter les peines alternatives à l'incarcération, et au premier lieu les Travaux d'Intérêts Généraux, forme de sanction intermédiaire particulièrement adapatée. Malheureusement, comme il n'y a pas assez de TIG proposés, les juges n'en prescrivent que peu. Il faut donc un grand chantier national, où toutes les administrations publiques et territoriales se mobilisent pour accueillir des TIG. C'est à cette seule condition que tous les actes délinquants pourront être sanctionnés, tout en évitant au maximum cette peine de prison souvent mal adaptée.

Bref un vaste chantier où les problèmes socio-économiques s'entrecroisent avec la responsabilité individuelle du délinquant. Il faudra en tout cas sortir des propositions faciles telles que celles proposées par Nicolas Sarkosy... et qui en marche pas (les actes de violence sur les personnes augmentent de près de 10% par an depuis 2002).

Stéphane