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14.10.2006

Retour sur Airbus, ou le triste bilan de M. Chirac

L'affaire Airbus défraie la chronique depuis longtemps. On est passé en quelques mois d'un grand succès industriel à un plan de restructuration à grande échelle. L'affaire Clearstream, qui avait pris naissance à Airbus, a occupé la France pendant quelques temps. Retour sur la politique industrielle, ou comment la droite a réussi à pulvériser l'une des grandes réussites économiques du gouvernement Jospin, menée avec brio par DSK.

Lorsque les socialistes arrivent au gouvernement en 1997, le secteur aéronautique européen est fragmenté. C'est alors que le gouvernement, conscient de l'incapacité des marchés à penser à long terme, décide de prendre en charge la restructuration industrielle du secteur. Ce fut un exemple réussi de politique industrielle, très loin de ce contre-exemple qu'est la fusion GDF-SUEZ.

Après de longues négociations, EADS est créé. La naissance de l’EADS (European Aeronautic, Defense and Space Company), résultat de la fusion des groupes Aerospatiale-Matra (branche aéronautique et défense du groupe Lagardère), Dasa (Daimler Aerospace), British Aerospace et de l'espagnol Casa marque un tournant majeur dans le processus de restructuration et de consolidation des industries européennes d'aéronautique et de défense .

Un géant est né. La structure de l'actionnariat reflète cette construction, mi-étatique, mi privée. Lagardère reçoit 15% des parts, tout comme l'état français, Daimler Chrysler recevant 30% des parts. Cette structure 30% français/30% allemand est la marque de l'aspect politique de cette création franco-allemande (mais aussi anglaise et espagnole). Comme dans toute fusion réussie, tous en tirent profit, que ce soit Lagardère ou les autres actionnaires. Mais aussi et surtout, c'est l'Europe et les salariés d'Airbus qui sont les grands gagnants de ce jeu à somme positive!

La réussite est complète, comme le montre la première place conquise par Airbus face à Boeing dans le nombre d'avions vendus, ou la réussite technologique de l'A380.

Malheureusement, Lagardère père, qui tenait les rênes d'Airbus et lui donnait une vision industrielle, meurt en 2003; et la politique politicienne prend ses droits. Une guerre de succession fratricide entre Noel Forgeard (Président d'Airbus) et Philippe Camus (Vice-Président d'EADS). Cette guerre fratricide est encouragée par Jacques Chirac, qui veut aider son ami Noel Forgeard à devenir co-président. C'est lors de cette guerre fratricide que sont lancé les vrais-faux listing clearstream, qui connaîtront ultérieurement leur heure de gloire.

Finalement, Noel Forgeard est nommé vice-Président et Philippe Camus est écarté. La défaite de Camus est suivie d'une vaste épuration de ses proches: la structure dirigeante d'EADS est décapitée, une petite moitié des hauts responsables étant priés de plier bagage. Le compromis franco-allemand, déjà abîmée par l'affaire Sanofi-Aventis, est une nouvelle fois mis à mal: les relations s'en ressentiront.

Les problèmes de cablage de l'A380 qui compromettent aujourd'hui le résultat d'Airbus, auraient dû être réglés à cette époque, mais tout le monde était bien trop occupé par cette guerre des chefs. Le projet A350 lancé à cette époque là est mal ficelé et est rejeté aujourd'hui par les clients d'Airbus.

L'épilogue de cette guerre des chefs est connu! La production industrielle de l'A380 a près de 2 ans de retard, engendrant des indemnités colossales à verser aux clients non livrés. L'A350 s'est révélé un mauvais projet et il faut désormais tout revoir, avec pour conséquence plusieurs années de retard (qui serviront à Boeing pour prendre de l'avance) et des surcoûts une nouvelle fois gigantesques!

Et c'est là que Jacques Chirac, non content d'avoir cassé ce qu'il considérait comme son jouet pour récompenser ses amis, décide de lui porter un coup fatal.

Aujourd'hui Airbus devrait investir massivement pour rattraper son retard sur l'A380 et l'A350. Il devrait muscler ses équipes de production pour rattraper au mieux le retard de l'A380, et investir pour lancer le programme A350. En lieu et place d'une véritique politique industrielle, Jacques Chirac décide désormais de laisser faire le marché, qui bien évidemment prend la seule décision qu'il sait prendre: il raisonne à court terme et une politique de réduction des coûts est engagée!

L'impact social sur la région toulousaine (et en Allemagne) sera dramatique, et en plus cela ne résoudra aucun des problèmes d'Airbus!

Cette gabegie illustre à merveille ce qu'auront été les 5 années du règne de Chirac: beaucoup de poudre au yeux ("les socialistes ne comprennent rien à l'économie, nous on fera mieux"), du copinage... et une catastrophe à l'arrivée.

Alors en face que propose DSK? Une vraie politique industrielle!

Le marché a des avantages et des inconvénients. Il faut les connaître pour pouvoir agir au mieux de l'intérêt de tous.

Le marché crée des richesses, accompagnons le pour en créer! Aidons les entrepreneurs et les chercheurs qui créent de la valeur Ajoutée!

Le marché crée de la précarité: créons la sécurité sociale professionnelle, pour ne laisser personne au bord de la route!

Le marché engendre de terribles inégalités: mettons en place l'égalité réelle, et donnons plus à ceux qui ont moins!

Le marché veut des salariés bien formé mais refuse d'investir sur la formation! L'état doit prendre sa part et investir massivement dans l'université et la recherche, et permettre la formation tout au long de la vie!

Le marché pense à court terme! L'état pensera à long terme: il faudra mettre en place une vraie politique industrielle! Pour faire face à la fois au défi de l'emploi, mais aussi à celui de l'après-pétrole, c'est dès maintenant qu'il faut investir à grande échelle dans l'industrie de l'avenir!

Ce sont les emplois de demain qui sont décidés aujourd'hui! C'est aujourd'hui que se décide l'avenir pour notre planète, c'est aujourd'hui que nous devons nous engager sur l'après-pétrole!

Stéphane


Commentaires

Pour moi aussi, je crois qu'il a bien raison de foncer DSK, de rentrer dans le lard de tout ce qui encombre son passage. Que nains de jardin et speakerines s’écartent, la bête est lancée et elle écrabouillera tout sur son passage, poussée par une foule enthousiaste de peurs de rien gagnés par la rage de vaincre. ;-)

On n’arrête pas le peuple...

Ecrit par : jpb | 15.10.2006