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22.10.2006

Les réponses de DSK aux militants

Après les professions de foi des candidats la semaine passée, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et Ségolène Royal s’expriment sur les questions économiques et sociales et répondent à 5 questions tirées au sort de militants dans l’Hebdo des socialistes.

Retrouvez ci-après l’intervention de DSK.

Cher camarade, chère camarade,

Deuxième semaine de campagne !

Je te l’ai écrit, dans le dernier numéro de l’Hebdo : pour moi, l’urgence est sociale. Pour y répondre, il faut une autre politique économique. L’économique et le social, c’est le premier défi auquel la France est confrontée. C’est la première préoccupation des Français. C’est la première priorité des socialistes. Ce sera l’axe stratégique de la campagne que nous mènerons ensemble si je suis désigné le 23 novembre.

Jeudi dernier, j’étais à Valence, pour apporter mon soutien aux salariés des stylos Reynolds - une entreprise menacée de délocalisation alors qu’elle fait des bénéfices. Lundi, j’ai avancé dix-huit propositions qui viennent compléter, préciser, hiérarchiser notre projet socialiste. Un seul exemple concret : pour lutter contre le développement du travail précaire, j’ai proposé que l’impôt sur les sociétés soit modulé - à la baisse ou à la hausse - afin d’inciter les entreprises à recourir aux contrats à durée indéterminée.

Mardi, je ne sais si tu as eu la possibilité de le regarder en direct, nous avons tenu notre premier débat télévisé. Le Parti socialiste en est sorti collectivement renforcé. Et j’ai la conviction d’avoir pu déployer ma vision de l’avenir.

Aujourd’hui, je ne veux pas aligner une liste de pétition de principes ou de propositions techniques ; je veux insister sur une proposition qui illustre le projet social-démocrate que je défends. Cette proposition, je l’ai appelée le « Pacte de l’Elysée ».

De quoi s’agit-il ? De mon premier chantier, si je suis élu Président de la République : le lancement d’une grande négociation sociale, comme notre pays n’en a jamais connu.

En quoi est-ce nouveau ?

C’est nouveau par la méthode : je compte engager les discussions avec les partenaires sociaux juste après ma désignation, afin de pouvoir engager les négociations efficacement dès le lendemain de l’élection et fixer la fin de l’année 2007 pour l’achèvement des travaux.

C’est nouveau par l’objectif : il s’agit de bâtir un nouveau compromis social, un accord « gagnant-gagnant », pour remettre la société tout entière en mouvement. Nous pourrons ainsi recréer la confiance sans laquelle il n’y a ni croissance ni, au bout du compte, de progrès social possible.

C’est nouveau, enfin et surtout, par l’ordre du jour que je veux large.

Le Pacte de l’Elysée mettra évidemment sur la table la question du pouvoir d’achat et de la revalorisation des carrières. Nous avons pris l’engagement de porter le SMIC à 1500 euros au plus tard à la fin de la législature. Je le tiendrai. Mais il faut être plus ambitieux. Il faut agir sur l’ensemble de l’échelle des salaires pour que le nombre de salariés payés au SMIC cesse d’augmenter. Et il faut prêter attention à la revalorisation des carrières pour que nul ne reste toute sa vie au SMIC.

Le Pacte de l’Elysée mettra sur la table la question de la sécurisation professionnelle - j’ai pu mesurer une nouvelle fois à Valence à quel point il était indispensable de dégager des moyens sans précédent pour l’indemnisation, la formation et le reclassement des salariés victimes des délocalisations.

Le Pacte de l’Elysée mettra aussi sur la table la question des retraites. Nous nous sommes engagés à abroger la loi Fillon. Mais nous le savons bien : cette abrogation ne règlera pas à elle seule le problème. Il faudra donc négocier sur les moyens de pérenniser la retraite par répartition - auquel nous sommes attachés de toutes nos forces. Il faudra aussi, dans le même temps, lutter contre les injustices du système actuel : je pense aux petites pensions, aux carrières discontinues et, surtout, à la prise en compte de la pénibilité.

Le Pacte de l’Elysée mettra enfin sur la table la question de la santé au travail et des conditions de travail. Ces problèmes là ne sont pas derrière nous, comme la diminution des emplois industriels aurait pu le laisser penser. Ces problèmes là sont devant nous : il y a davantage d’accidents du travail, il y a de nouvelles maladies professionnelles - qu’il s’agisse des troubles musculo-squelettiques ou du stress. Nous devons agir.

Je résume : une grande négociation sociale engagée dès avant l’élection, achevée avant la fin de l’année 2007 et portant à la fois sur le pouvoir d’achat, la sécurisation professionnelle, les retraites et les conditions de travail - voilà le « Pacte ».

Mais je veux que ce soit le Président de la République lui-même qui prenne en main cette négociation - d’où le « Pacte de l’Elysée ». Pourquoi ? Parce qu’il y aura besoin de l’impulsion que lui donnera la légitimité populaire issue de son élection. Parce qu’il s’agit de ma première priorité et que je n’ai pas l’intention de m’en dégager une fois élu.

Un dernier mot, chère Camarade, cher Camarade.

Au travers de ce Pacte de l’Elysée, c’est une démarche globale que je défends et qui fait mon originalité dans cette campagne. Elle illustre ma conception aussi d’une Présidence « engagée ». Elle illustre que l’investissement social est un investissement économique. Elle illustre que, au-delà de l’indispensable mobilisation de l’Etat, c’est toute la société qu’il faut mobiliser. Elle illustre, en un mot, ce qu’est une social-démocratie repensée et rénovée !

A la semaine prochaine !

Dominique Strauss-Kahn


Questions-réponses avec les militants

Le déficit du budget 2006 ainsi que 2007, malgré les artifices utilisés par T. Breton, est et sera énorme, les dépenses prévues par le PS vont accroître ce déficit. Que prévois-tu pour permettre le désendettement de notre pays ?

Non, les dépenses prévues ne doivent pas accroître le déficit. De nouvelles recettes doivent être obtenues. Par exemple celles qui résulteront de la suppression des avantages fiscaux accordés par la droite aux tranches supérieures de l’impôt sur le revenu.

Mais venons-en à la dette. Désendetter notre pays est un chantier essentiel pour le futur Président de la République. Je pourrais dire que je l’ai déjà fait entre 1997 et 2000. Je pourrais dire que « oui, si je suis élu, la dette baissera ! ». Mais je veux être prudent et ne m’engager que sur ce que je suis certain de pouvoir tenir.

L’objectif que je me fixe, c’est d’avoir stabilisé la dette à la fin de la mandature. Désendetter le pays, c’est rétablir la confiance en l’avenir. Nous devons montrer aux Français que nous prenons à bras le corps les questions de long terme qui les concernent. La dette en fait partie.

Elle est l’ennemie de la gauche.

Elle est socialement injuste. Les intérêts de la dette enrichissent une partie de la population, les rentiers, ceux qui ont prêté de l’argent à l’Etat. En revanche, le remboursement des intérêts de la dette pèse sur l’ensemble de la population, y compris sur les catégories les moins favorisées. Les Français qui gagnent le SMIC ou sont au RMI contribuent chaque jour, en payant de la TVA à cette charge financière. C’est donc un incroyable système de redistribution à l’envers qui est à l’œuvre. Il faut y mettre un terme.

Elle est économiquement irresponsable. Elle grève massivement la capacité redistributive de l’Etat et les marges de manœuvre des pouvoirs publics. Elle sacrifie l’avenir en faisant peser sur nos enfants le poids de nos décisions.

Voilà pour le constat. Alors, comment fait-on ? La base de tout, c’est la croissance économique. Elle conditionne notre succès. Sans elle, rien ne sera possible. Mais c’est aussi une question de volonté politique. Une fois encore, il faut dire la vérité aux Français. Des efforts seront nécessaires. Ces efforts, il y a une mauvais manière de les faire : des coupes aveugles dans le budget. Et il y a la bonne : établir des priorités.

D’abord, réhabiliter la dépense publique comme instrument de la croissance. Nos marges de manœuvre ne sont pas énormes. Il faudra donc faire des choix. Certaines dépenses sont prioritaires à mes yeux : l’éducation, la recherche et l’enseignement supérieur, pour permettre à la France de basculer dans l’économie de la connaissance. D’autres dépenses le sont moins : les subventions aux entreprises ou encore les aides aux familles lorsqu’elles vont vers les familles les plus aisées.

Ensuite, comme je l’ai dit, restaurer les recettes pour dégager des marges de manœuvre. Je reviendrai sur les baisses d’impôt mises en place par les gouvernements de droite et qui ont bénéficié très majoritairement aux ménages les plus aisés. Je supprimerai les trop nombreuses niches fiscales qui existent aujourd’hui et qui profitent exclusivement à « ceux qui savent ».

Dans le contexte de mondialisation de notre époque, quels sont les moyens d’intervention du politique sur une grande entreprise française qui déciderait de délocaliser une grande partie de sa production française vers des pays où la main d’œuvre est moins coûteuse ?

Sédiver à Saint-Yorre, ABB à Champagne-sur-Seine, Dim à Autun, Reynolds à Valence. De toutes ces rencontres de ces derniers mois avec les salariés d’entreprises en difficulté, je retiens plusieurs choses.

Il faut d’abord, évidemment, aider à trouver un repreneur. C’est l’intérêt du groupe qui délocalise : la reprise évite le coût financier des licenciements « secs », et le coût d’image d’une délocalisation médiatique. Certains groupes le font déjà. Je propose de favoriser ces comportements « citoyens », à travers un soutien public à la recherche du repreneur et une prime de redéploiement pour faciliter la reprise.

Il est pourtant des situations où aucun repreneur ne peut être trouvé. Si la situation le justifie - secteur innovant ou stratégique, région industrielle de monoactivité ...- il est légitime que la puissance publique assure le relais dans l’attente d’un repreneur. Je propose de créer une entreprise publique de capital-investissement qui injecterait des fonds dans ces entreprises. Une fois l’entreprise redevenue rentable, l’Etat se désengagerait en la remettant sur le marché. Ces « nationalisations temporaires » seraient définies au cas par cas. Lorsqu’aucun repreneur ne peut être trouvé, il faut aider à la reconversion des territoires et c’est le rôle de l’agence de réindustrialisation qu’il faut créer et, pour avoir des ressources, je propose que lorsque l’entreprise qui délocalise est bénéficiaire elle continue à payer pendant trois ans la taxe professionnelle. Il faut aussi s’attacher au reclassement des hommes : c’est le rôle que doit jouer la sécurité sociale professionnelle.

Comptez-vous revenir sur la réforme des retraites mise en place par la droite, et selon quelles modalités ?

Bien sûr qu’il faudra revenir sur la loi Fillon, qui est injuste et ne règle rien.

Le diagnostic est connu : c’est le vieillissement démographique. Nous sommes passés de quatre actifs pour un retraité en 1970 à deux pour un aujourd’hui. Surtout, avec les progrès de la médecine et l’allongement spectaculaire de la durée de vie au delà de 85 ans, nous assistons à un bouleversement majeur : l’émergence dans notre société d’un « quatrième âge ». C’est une formidable nouvelle mais qui va nécessiter une évolution importante de notre protection sociale.

Le règlement du problème des retraites doit trouver sa place dans le cadre du « Pacte de l’Elysée » que j’entends mettre en œuvre si je suis élu Président de la République.

Il s’agit de traiter à la fois la question du financement et de la justice, notamment pour les petites retraites, les carrières discontinues et les métiers pénibles.

Les revenus sont en baisse ou stagnent, les retraites sûrement aussi, les loyers augmentent de façon vertigineuse, même les salariés ont du mal à se loger ... Comment comptez-vous répondre à cette angoisse et faire du logement une priorité ?

Mois après mois, la bulle immobilière enfle. De la capitale, elle s’est étendue aux grandes villes de province, puis à la campagne. C’est une crise sociale majeure : les Français ne peuvent plus se loger ! Pour de nombreux ménages, le poste « loyer » représente 30% de leur budget, voire 50%. Cette situation est intenable.

L’explication est simple. La demande explose : vitalité démographique, divorces, autonomie immobilière des étudiants. En face, l’offre ne suit pas.

Il faut donc dynamiser l’offre de logement.

Il y a le secteur social, bien sûr : nous proposons dans notre projet de construire 120.000 logements sociaux par an. J’ajouterai une condition essentielle : construire plus certes, mais surtout construire mieux, c’est-à-dire construire des logements de meilleure qualité. La taille des appartements, et, par exemple, le fait de devoir partager sa chambre avec ses frères et sœur influe considérablement sur la réussite scolaire des enfants.

Il faut également mieux répartir les logements sociaux sur le territoire. J’ai dans ma ville de Sarcelles 78% de logements sociaux contre à peine 3% à Neuilly ! C’est en imposant des sanctions fortes aux communes qui ne respectent pas le quota de 20% de logements sociaux imposé par la loi SRU que nous gagnerons le pari de la mixité sociale.

Il faut plus de logements sociaux mais il faut plus de logements tout court. L’effort doit porter aussi sur le secteur libre, notamment en taxant le foncier non bâti.

Aujourd’hui, l’offre foncière en milieu urbain est rare et contrainte. Elle vient souvent de terrains enclavés, occupés par des constructions qu’il faut démolir avant de rebâtir. Je propose donc d’engager une réflexion sur la création de nouvelles villes sur des terrains agricoles, peu chers et en dehors des contraintes des schémas directeurs. Et nous ne sommes pas obligés de reproduire les erreurs du passé : loin des villes-dortoirs que l’urbanisme des années 60 a produites, ces aires pourraient être fondées sur une intense mixité des fonctions et connectées au réseau régional de transports pour éviter leur enclavement.

Que comptez-vous faire concrètement pour améliorer la démocratie sociale dans les entreprises, particulièrement les PME/PMI et pour réduire les inégalités entre salariés des grosses entreprises et salariés des petites structures ?

C’est vrai, les petites entreprises sont souvent dépourvues de délégués syndicaux et ne peuvent négocier des accords. Conséquence : les droits sociaux y sont très inférieurs à ceux des salariés des grandes entreprises.

Je propose d’étendre le dialogue social aux petites entreprises. Les organisations syndicales font de nombreuses propositions en ce sens : la mise en place d’instances interentreprises ou territoriales adaptées aux réalités des PME/TPE ; le développement du mandatement en l’absence d’organisation syndicale dans une entreprise (comme la gauche l’avait mis en place pour négocier la réduction du temps de travail) ; la création de nouveaux lieux de négociation permettant d’englober dans les périmètres des salariés concernés, ceux des filiales, des sous-traitants et des fournisseurs ; l’augmentation de moyens de l’inspection du travail pour faire respecter les conventions collectives et la législation...

Au-delà, je suis favorable à un renforcement de la démocratie sociale pour mettre à niveau la France par rapport à ses voisins européens. Pour ce faire, il est indispensable de renforcer la légitimité syndicale, en instaurant définitivement le principe de l’accord majoritaire et en faisant reposer la représentativité des organisations syndicales sur le résultat d’élections.


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