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04.11.2006
Ce qui s'est vraiment passé au Zénith
Faux pas ou traquenard ?
Devant 6 000 militants surchauffés, à Paris, Ségolène est allée tirer les moustaches du vieux PS, les mains nues et en tunique blanche...
Sur la grande scène du Zénith, comme elle paraît seule ! Un salut discret de la main. Un sourire crispé. Ségolène Royal ne s'attarde pas. Deux jours plus tôt, à la télévision, elle avait dominé ses concurrents. Cette fois, c'est elle qui subit. Dans la salle, on siffle, on hue. On applaudit aussi. Mais chez ses supporters le coeur n'y est pas. Des débats militants, hors micros et caméras (1), il y en avait déjà eu un, à Clermont-Ferrand, la semaine précédente. Mais dans une tout autre ambiance ! Un peu plus tard, juste derrière la scène, la candidate favorite des sondages expliquera longuement aux journalistes que cette campagne est pour elle «une épreuve» mais que sa « détermination» demeure intacte. «Il est temps que tout cela se termine», glisse-t-elle pourtant, avant de s'éclipser.
Ségolène humiliée, Ségolène malmenée, Ségolène victime d'un traquenard signé Fabius et surtout DSK. Et si c'était moins simple que ça ? Pour comprendre, il faut d'abord dire le contexte. Une fin de campagne interne où les nerfs sont à vif ; des militants franciliens volontiers frondeurs ; des candidats qui désormais jouent leur va-tout. Au PS, d'habitude, cela donne des réunions de section nerveuses et houleuses. Jeudi dernier, la section réunissait 6 000 personnes. Ceci explique donc cela.
Ségolène Royal n'aime pas ce genre d'exercice, qui est, à ses yeux, l'expression achevée de la « culture virile » des partis politiques. Elle l'a souvent dit en privé. Elle l'a montré jeudi en public. Ce registre-là n'est pas le sien. Face à des routiers de la pointure d'un Fabius ou d'un Strauss-Kahn, de fait, elle n'était pas à niveau. Méconnaissance des rites du PS ? Refus instinctif de s'y plier ? La reine des plateaux de télé n'est pas à l'aise sur le ring. Quand elle se risque aux effets de manches, elle tombe souvent à plat. Quitte à paraître étonnée des réactions qu'elle suscite.
Et c'est sans doute l'autre clé de son faux pas du Zénith. Ségolène Royal s'est présentée devant un chaudron militant dans un état d'esprit où la crainte rejoignait une forme de naïveté. Même Fabius, qui a pourtant de la bouteille, est monté sur scène avec un texte écrit pour un exercice soigneusement balisé : vingt minutes d'expression libre puis trois questions connues de longue date sur les banlieues, la précarité et l'Europe.
Ségolène Royal, elle, est arrivée les mains dans les poches. Une entame maladroite ; des sifflets qui fusent et qui avaient déjà accueilli, dans une moindre mesure, la prestation de Fabius ; des tirs croisés venus des bancs des strauss-kahniens et des fabiusiens... La suite est un phénomène classique. Alors que l'oratrice se crispe et bute sur les mots, la salle progressivement se partage entre ceux qui regardent le bout de leurs souliers et ceux qui osent un chahut impensable face à un candidat dans la plénitude de son art. Ambiance de bizutage puis ambiance de chasse à courre. Il y avait au Zénith comme un air de revanche chez certains militants trop longtemps écrasés sous le poids des sondages.
Derrière les petites manips des uns et des autres, c'est la vraie leçon du Zénith. Ségolène Royal peut tout se permettre, sauf d'être faible ou médiocre - et Dieu sait si elle l'était jeudi soir ! Quand on vient tirer la moustache du vieux lion, on n'entre pas dans l'arène en tunique blanche. Ou alors on ne s'étonne pas de voir Strauss-Kahn se lécher après coup les babines. En attendant Sarkozy...
(1) Officiellement du moins ! L'intégralité du débat du Zénith a été enregistrée à l'insu du service d'ordre du PS avant d'être mise en ligne sur www.dailymotion.com. Les auteurs de ce pied de nez ? De jeunes socialistes qui signent sous le nom de Razzye.
François Bazin
Extrait du Nouvel Observateur
18:20 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Socialiste, DSK, Vanves, 92, Hauts-de-Seine, présidentielle, 2007
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