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05.11.2006
Les trois socialismes
Il ne faut jurer de rien : le vote des militants socialistes réservera peut-être des surprises. Portrait politique et espoirs de victoire des trois candidats du PS à la candidature.
La semaine qui commence demain sera décisive pour l'élection présidentielle de 2007. C'est en effet mardi prochain qu'aura lieu le dernier débat télévisé entre les trois candidats du PS à l'investiture et c'est jeudi prochain que se déroulera à Toulouse l'ultime meeting commun devant les adhérents socialistes.
Autant au sein de la droite parlementaire l'avance de Nicolas Sarkozy semble difficilement réversible (puisque le ministre de l'Intérieur préside une UMP à sa dévotion et qu'il est, de loin, le plus populaire au sein de l'électorat de la majorité), autant chez les socialistes rien n'est encore acquis pour personne.
Ségolène Royal mène certes le jeu dans les sondages auprès des sympathisants socialistes mais Dominique Strauss-Kahn progresse visiblement depuis les confrontations publiques entre les trois prétendants. Le baromètre mensuel Figaro Magazine/SOFRES publié hier le crédite même d'un bond en avant de onze points en un mois, phénomène peu banal.
Les trois candidats socialistes - Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius - avancent cependant dans un certain brouillard car si chaque semaine plusieurs sondages mesurent leur impact auprès de leurs électeurs déclarés, aucune source fiable n'est capable d'établir le rapport des forces parmi les adhérents du PS, les seuls qui, dans deux semaines, devront choisir entre les trois candidats.
Chacun admet que Ségolène Royal arrive actuellement en tête mais est-elle assurée de l'emporter dès le premier tour sur ses deux rivaux ? Personne ne peut le jurer. Qui devrait-elle affronter lors d'un éventuel second tour, de Dominique Strauss-Kahn ou de Laurent Fabius ? Mystère.
L'ancien Premier ministre est crédité d'une meilleure implantation chez les militants traditionnels mais le mari d'Anne Sinclair passe pour plus populaire chez les nouveaux adhérents qui formeront le 16 novembre le tiers des votants.
A la veille des dernières confrontations publiques, on ne peut donc jurer de rien. L'approche du vote d'investiture des socialistes entretient le suspense. Ségolène Royal est une favorite plus contestée aujourd'hui qu'hier, Dominique Strauss-Kahn est un challenger plus menaçant en novembre qu'en octobre et Laurent Fabius reste un outsider énigmatique qui lancera jusqu'à la dernière seconde toutes ses forces dans la bataille.
On discerne désormais mieux quel type de socialisme incarne chacun des trois prétendants
En revanche, si le nom du futur candidat ou de la future candidate du PS à l'élection présidentielle demeure incertain, on discerne désormais beaucoup mieux, après deux débats télévisés et deux confrontations devant les militants, quel type de socialisme incarne chacun des trois prétendants : Laurent Fabius a choisi de personnifier le socialisme à la française dans sa version la plus classique, Dominique Strauss-Kahn opte ouvertement pour la social-démocratie à l'européenne, Ségolène Royal incarne méthodiquement un populisme de gauche. Laurent Fabius met ses pas dans les pas de François Mitterrand, Dominique Strauss-Kahn reprend la tradition de Michel Rocard et de Jacques Delors, Ségolène Royal invente une voie personnelle entre Tony Blair et Bernard Tapie.
Laurent Fabius a des défauts - notamment l'éternelle question de sa sincérité, tant il personnifie des choix différents selon les époques politiques - mais il ne manque en tout cas ni de cohérence, ni d'opiniâtreté, ni évidemment de talent et même d'envergure.
Depuis le 21 avril 2002, il est persuadé que son tour est venu au PS, que c'est à lui d'être le candidat et que, pour y parvenir, le seul moyen est de choisir le positionnement le plus à gauche possible. Il croit qu'on ne peut conquérir le PS que par son aile gauche et rassembler la gauche tout entière que sur la base d'un maximalisme proclamé. C'est ainsi que François Mitterrand l'a emporté en 1981, c'est ainsi que son dauphin de coeur compte rééditer cette victoire.
Sur chaque sujet, méthodiquement, il se veut donc le Monsieur Plus du PS : il est le plus laïque, le plus social, le plus dirigiste, le plus anticapitaliste, le plus éloquent, le plus traditionnel. Il y a là de la posture, cela va de soi - comme c'était le cas de François Mitterrand - mais aussi une détermination d'airain, une combativité farouche.
Dominique Strauss-Kahn, lui, après avoir bizarrement courtisé la gauche antilibérale au début de sa campagne présidentielle, est redevenu ce qu'il est profondément : un réformiste, un moderniste, un Européen, bref un social-démocrate. Il ne s'en cache plus et même il l'affiche.
A Bruxelles et dans toutes les capitales européennes, il est de loin le plus prestigieux des trois. A Paris, il passe pour le plus compétent, pour le plus authentique du trio des prétendants. En province, il ne dispose ni de réseau aussi ancien que Laurent Fabius, ni d'un effet de mode comparable à celui de Ségolène Royal. A la télévision, il est cependant le meilleur des trois, ce qui lui a permis de déclencher un mouvement en sa faveur.
Ségolène Royal a l'énorme avantage de sa popularité et de son apparente nouveauté. Elle a eu l'audace, l'aplomb, de choisir la démocratie d'opinion pour s'imposer, proclamant sans ambages que le choix des Français sera le sien, qu'elle modèlera son opinion sur celle des citoyens.
Elle est la première femme à pouvoir espérer entrer à l'Élysée, privilège précieux. Elle n'a ni l'expérience, ni la compétence, ni même, pour dire crûment les choses, l'envergure de ses deux concurrents.
Elle exprime néanmoins ce que ressentent les Français, passe donc pour plus à l'écoute que quiconque, correspond au total à l'air du temps : face au scepticisme politique, au désenchantement des citoyens, elle se présente comme la porte-parole des électeurs. On ne sait rien de ce qu'elle pourrait être en présidente mais on voit bien qu'elle est une candidate efficace.
Alain Duhamel
Extrait des Dernières nouvelles d'Alsace
21:00 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Socialiste, DSK, Vanves, 92, Hauts-de-Seine, présidentielle, 2007
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