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21.01.2007
Bloc de note de Jean-Christophe Cambadélis n°19
Le destin de l’empire Américain
La situation internationale est entrée dans les 40ème rugissant. George Bush sanctionné par son peuple, en minorité au Congrès, stigmatisé par la communauté internationale et désavoué par son clan via la commission Baker, persiste. Il décide d’envoyer en Irak plus de 20 000 hommes supplémentaires. Il doit partir de l’Irak, il le sait ; Peut-être même le veut-il, mais il ne peut le faire. Le Vietnam est donc là. Comment créer les conditions d’une retraite honorable ? Comment faire porter la responsabilité aux démocrates ? Comment réorienter sans se désavouer ? Hier il fallait éviter la réunification du Vietnam, aujourd’hui éviter la partition de l’Irak. Briser la nuque du fondamentalisme Chiite comme hier au Vietnam, celle du vietminh avant de partir. On spécule sur le revers de Ahmadinejad lors des municipales en Iran, on espère que la contestation estudiantine démontre un désaccord stratégique au sommet de la hiérarchie des Mollahs. Comme hier on spéculait sur les dissensions sino-soviétiques. On joue les communautés mais le fer sunnite est chauffé à blanc après l’exécution, à la veille de l’Aïd, de Saddam Hussein. On s’appuie sur les religieux comme on caressait les bonzes avant qu’ils ne s’immolent par le feu. La situation devient inextricable. Hier comme aujourd’hui les américains sont dans l’étau. Pire, un front plus insidieux s’ouvre… L’Arabie Saoudite fronce les sourcils devant l’axe Hezbollah / Damas / Téhéran / Bassora. Elle voit dans tout cela le prélude à un « affrontement arabe ».
La stratégie des néo-conservateurs Américains a affaiblit l’Amérique. L’objectif au-delà de l’assèchement du terrorisme était le pétrole pour le siècle à venir et la confrontation complice avec la Chine.
Et le résultat est là : Un axe entre l’Iran et le Venezuela dans le cadre de l’OPEP ; Le front Péroniste en Amérique Latine, battant en brèche le marché Panaméricain ; L’obligation de sous-traiter la Corée aux Chinois et la percée de ces derniers en Afrique ; L’impuissance devant la succession chaotique de Poutine et le réarmement énergétique Russe ; Le constat impavide de l’inexorable intégration de la « nouvelle Europe » dans l’Europe tout court. Partout les Etats-Unis sont en retrait. Partout leur hégémonie est battue en brèche.
Faut-il accentuer la politique impériale avant de rentrer à la maison ? Se demande l’Amérique. Alors que le spectre de la défaite Américaine en Irak est bien là. Nous entrons donc dans la phase des tournants brusques.
Après l’implosion de l’empire Soviétique dans les années 80-90, allons nous assister à l’anémie de l’empire Américain ?
On se souvient de la thèse de P. Kennedy. Le déclin des empires est dû au poids militaire et stratégique insupportable à la nation qui en fut la matrice. On n’en est pas là mais on n’en est pas loin.
Il faut aider Angela Merkel
La présidence Allemande de l’Europe intervient à un moment décisif. Il est illusoire de croire ou de faire mine de faire croire que tout commencera avec la présidence française. Tout commence maintenant. Ce qui n’aura pas été mis sur les rails, ne commencera pas avec la France. D’abord parce qu’un échec Allemand gripperait encore un peu plus le moteur Franco-Allemand. Ensuite parce que la France qui a dit « non » et qui ne pourra plus dire « oui » ne sera pas en position de force.
En tous cas si celui-ci existe c’est maintenant qu’il faut l’exercer. Car demain, soit nous paierons cher pour relancer l’union, soit nous passerons notre tour.
Il est, dans ces conditions, invraisemblable que Jacques Chirac qui ne cesse de dire qu’il faut gouverner jusqu’au bout, ne prenne aucune initiative en ce domaine. Il est urgent que la gauche interpelle le chef de l’Etat…
Avec Sarkozy tout est possible, même le pire !
Au cas où ceci vous aurait échappé, j’ai une nouvelle pour vous ! Sarkozy est candidat à la présidentielle ! La couverture médiatique fut démentielle. Et pour tous, tout fut formidable ! Sarkozy a réussit le coup du « beaujolais nouveau ». Vous savez ce vin qui n’est pas du vin, tout en étant du vin. Ça sent le fruit exotique qui fait passer le côté flottant du corps. La robe est impeccable, la com’ incontournable et la soirée impayable, aussitôt dit, aussitôt oublié ; Mais à haute dose, on a mal à la tête.
Le moment fut donc formidable ! Rendez-vous compte 100 000 militants. Encore que pour avoir fréquenté la salle, cela serait étonnant.
Mais l’impression est là… et c’est essentiel dans notre monde où tout est image. Formidable on vous le dit ! Regardez ! Le premier ministre est resté… 30 minutes… Et il n’a pas été sifflé… Il est vrai que cela relève de l’exploit, même à l’UMP. Car il est bien connu que cette dernière n’a rien à voir avec ce dernier. Il faut dire que le 1er ministre avait mis du sien pour faire vivre l’idée que Sarkozy et lui c’était la rupture. En voilà un qui aura gagné son bonnet d’âne.
Accréditer l’idée que ce pauvre Sarkozy n’avait rien à voir avec ce gouvernement, il fallait le faire ! Et bien Villepin l’a fait !
Jacques Chirac, lui, a dû être pris d’un vertige en regardant cette matinée « des morts vivants ». Car, ils étaient tous là, pour assister au sacre du « petit ». Tous ceux qu’il avait assassiné, délaissé, marginalisé ! Tous, fantômes du passé, de Balladur à Yves Guéna, de Chaban Delmas via sa veuve à Juppé. Sarkozy, « pervers pépère », avait bien fait le travail. Il reprend la famille sans inventaire. Il manquait Pasqua mais Carrignon et Balkany étaient là.
Le discours lui fut – parait-il fondateur – Il aime cela Sarkozy, c’est son côté Chirac… Avec ces deux là chaque discours est fondateur. Remarquez au boneto de Sarko, il y avait du nouveau. Le mot « rupture » a disparu ! Tout était continuité, union, rassemblement. C’est Sarko l’homme apaisé.
Celui qui se dépasse pour fusionner avec la nation et la guider vers l’avenir. Bref ! Au revoir Bush, Bonjour De Gaulle.
Sarkozy n’est plus dans l’après mais dans l’au-delà. Cette élection s’annonce décidément mystique !
Mais comme Ségolène Royal l’a fait remarquer par l’image du 20 h en tenant un agneau dans ses bras, « revenons à nos moutons »…
Pour emprunter à Dominique Strauss-Kahn le soir même au « Grand Jury » (LCI / RTL / Le Figaro), ce fut une « célébration plutôt qu’une désignation », « un évitement plutôt qu’un changement », « une régression plutôt qu’un espoir ».
Jusque dans la montée finale des hiérarques entourant l’élu, tous en faisaient, à l’image, corps avec la foule. L’UMP était un bloc. Mais il ne s’agissait que de Sarkozy. Un Sarkozy à ce point désigné que le plébiscite interdit toute velléité. On n’est jamais assez prudent.
Le bilan fut escamoté. Jacques Chirac eut droit à une brève poignée de main pour avoir autorisé l’impétrant à faire son premier discours, et à un hommage sans lyrisme excessif pour ne pas s’être trompé dans l’affaire Irakienne. Nicolas Sarkozy se sera le changement sans la continuité et son programme ne sera pas l’UMP.
Pourtant, au-delà de l’image, des discours, du discours, il y a un axe qui ne trompe pas.
Certes le mot « solidarité » ne fut pas prononcé mais il ne pouvait pas tout donner le bougre, il avait déjà évoqué Guy Moquet et Jaurès. Mais le mot « travail » y était surjoué.
Un hymne au travail qui n’est pas l’hymne au salaire, ni à la Sécurité Sociale, mais celui de l’effort. Une sorte de Ramadier qui stigmatisait déjà les congés payés du Front Populaire en criant « fini la semaine des quatre dimanches » !
Il y a chez Sarkozy une vision Mac Do du travail. Un petit salaire, c’est mieux que rien et puis on peut être le salarié du mois !
C’est le travail aux conditions du CAC 40, un travail qui ne vient pas perturber la rente.
Nicolas Sarkozy abandonne la rupture pour endosser une continuité de rupture. Franchement que personne n’ai trouvé à redire que le ministre de l’Intérieur ait pu s’offusquer du manque d’infirmières devant un ministre de la santé béat qui opine du chef. Il est vrai qu’il va devenir le porte-parole du chef. Tout cela en dit long sur le caractère hypnotique de notre « tout médias ».
Pourtant, pourtant les formules sur les syndicats, le bouclier fiscal, la constitution inchangée, l’Europe à peine évoquée. Tout cela en dit long mais nous y reviendrons.
Il ne suffit pas de se proclamer nouveau pour faire disparaître le passé et baliser l’avenir.
La bataille ne fait que commencer, mais ce discours a provoqué un effet collatéral inattendu.
Julien Dray a proclamé le retour de la droite violente, souligné le danger, alors que François Hollande a insisté sur la continuité.
Evidemment quand un Français sur deux estime que Sarkozy fait peur, la tentation est grande d’enfoncer le clou. Sarkozy fait peur à gauche et mobilise son camp à droite. Pensons y. Et donc le 1er secrétaire n’a pas tord de souligner la continuité. Peut être peut on suggérer aux deux amis de vingt ans… « Sarkozy ou la continuité dangereuse… ».
Le couple Ségolène Royal / François Hollande
Décidément le Parti socialiste aura toujours du mal avec la présidentielle. Son côté monarchique-républicain ne passe toujours pas. Le PS a toujours besoin de faire souffler l’esprit partisan. Il ne se déploie que dans l’enjeu de nouvelles frontières. Il ne se mobilise que lorsqu’il y a des bastilles à conquérir. Il ne vibre que lorsqu’on lui désigne l’ennemi.
Le Vème République, même abaissée, affaiblie, abâtardie, reste encore une « élection populiste ». Un moment très particulier de célébration démagogique où le candidat se doit d’être ce que veut le peuple.
En conséquence la Vème République provoque toujours la frustration démocratique. Du « je vous ai compris » à la « fracture sociale », l’ambiguïté est toujours aux commandes. Car il s’agit de construire le lien direct avec le peuple. Et celui-ci se bâtit dans l’espoir éphémère des promesses.
L’élection sous la Vème République induit le changement dans la réconciliation, c’est l’essence Bonapartiste des institutions. C’est pour l’avoir oublié que De Gaulle se présentant comme la continuité fut mis en ballottage en 1965 par l’homme des changements François Mitterrand.
La gauche n’est pas moins capable de gouverner ou de représenter l’intérêt général. Mais elle n’est jamais autant à l’aise que dans le débat, le clivage, la solution car la gauche est d’essence parlementaire.
Il suffit pour s’en convaincre de voir comment le candidat à la présidentielle fut sélectionné à gauche et à droite.
Alors quand la présidentielle arrive, la tension est toujours la même. Le candidat s’adresse aux électeurs de France alors que le PS s’adresse aux électeurs de gauche.
François Mitterrand en 1981 se présenta sous la forme de la « force tranquille » mais on dû rapidement adjoindre une autre image. Celle du candidat, l’écharpe rouge au vent, marchant sur la grève avec comme slogan « le socialisme, une idée qui fait son chemin ». En 1988, le côté « France unie », « génération Mitterrand » eut le don d’exaspérer le PS. La mise en place d’un état-major pluraliste avenue Franco-Russe acheva de désespérer Solférino et Lionel Jospin parti impetto en vacances. Il fallut que Isabelle Thomas déclare lors d’une conférence de presse que Devaquet, ministre qu’elle avait combattue en 1986, avait sa place dans l’équipe de Mitterrand. Pour que Jospin revienne dire « Devaquet n’est pas de gauche, les socialistes le sont ». Et précisément ce fut le même qui dira que « [son] projet ne l’était pas » lors de la présidentielle en 2002, car il s’agissait d’un projet pour la France. Il s’attira les foudres de Pierre Mauroy, sous l’œil bienveillant de François Hollande qui supportait difficilement « l’atelier » de campagne animé par Jean Glavany et la relégation du PS. Entre temps, le Parti socialiste a dû s’avaler le slogan de campagne « ici bat le cœur de la France »montrant un hémicycle vide, qui fit s’étrangler Pierre Mauroy. Et le « Jospin c’est clair » de la campagne de 1995 ne fut pas franchement amical pour le PS de Henri Emmanuelli. Ce dernier passablement tricard, resta à Solférino pendant que certains complotaient déjà à contrarier le retour de Jospin à la tête du PS, anticipant la défaite. Tout cela pour dire que l’équilibre entre le candidat et le PS n’est pas chose aisée. Cela ne préjuge ni de la victoire ni de la défaite.
Patrick Menucci, avec une délicatesse toute gargantuesque voulut indiquer dans Le Monde que le problème ne se posait pas parce que « Ségolène Royal avait le Parti socialiste dans son lit ». Pas sur, au passage, que la formule ait été appréciée, mais l’image se voulait définitive. Elle le fut et ce qui est un classique est devenu miel de l’info.
François Hollande veut du clivage, de l’identifiant, de la dynamique. Il a en tête le spectre de 2002. Ségolène Royal aussi. Elle ne veut pas subit la pression mais conduire la pression de sa campagne. Cette nuance sur les temps, autre grand classique socialiste, devient querelle d’entourage. D’autant que François Hollande s’aventure sur le terrain fiscal. Mais « qu’a-t-il été faire dans cette galère ? » N’y avait-il pas d’autre sujet que de préempter le « réacteur nucléaire » du financement du projet ? A moins de vouloir sous entendre : « Rien de fiscal ne se fera sans moi ». A la veille de l’intronisation de Sarkozy, n’ouvrait-il pas le flanc à la critique sur l’augmentation des prélèvements ? Pire il alimentait la pompe à spéculations sur ses intentions. Et provoquait la lecture-sanction de la nomination de DSK. Alors que la candidate cherchait surtout à faire un signe de rassemblement.
François Hollande a dû transformer ce sujet en simple contribution. Il touche ainsi les limites du régime des partis sous la Vème République. Episode dans la campagne qui ne doit pas devenir « l’Episode » de la campagne.
Il faut donc poursuivre… Doit-on hâter le pas et répondre à Sarkozy comme l’exige les médias alléchés par le match ? Et ceci au risque de donner du grain à moudre à la thèse : Royal accélère le pas contrainte par Sarkozy. Il n’y a aucune raison de se laisser impressionner. Mais il est peu probable que la presse apprécie.
Le retour de Bové
Les premiers pas de la campagne présidentielle installe le « quadrille bipolaire » et semble préfigurer une évolution certaine, le bipartisme. L’UMP et le PS flanqués du bipopulisme, celui du Front National et des antilibéraux. Paysage que cherche à bousculer avec beaucoup de constance et un certain talent François Bayrou, mais la dénonciation des médias ne suffira pas.
Au passage, les vœux de Le Pen nous ont intrigué. Jean-Marie Le Pen qui n’est pas le « perdreau de l’année » en politique, connaissait pertinemment les conséquences de son annonce. Dire qu’il serait au deuxième tour face à Ségolène Royal, à la veille du Congrès de l’UMP, c’était provoquer le réflexe utile en faveur de Sarkozy.
Il faudra revenir sur les raisons de ce coup de pouce. A moins que ce soit l’histoire classique du vieil homme et de sa fille à qui l’on ne souhaite pas la marginalité. A voir. Mais à l’autre bout de l’échiquier, la situation est en train d’évoluer.
La pétition lancée par le philosophe Onfray, en faveur de José Bové peut faire quelques dégâts. Le premier visé est Besancenot. Peinant à obtenir ses signatures, contesté au sein de la LCR, au point que des démissions se font spectaculaires.
Voilà notre postier qui a touché un vélo tout neuf, un peu à plat.
Si la dynamique pour Bové prend, il va avoir un gros saut de chaîne. Et il n’est pas sur que Marie Georges Buffet puisse dans ces conditions continuer à plaider que le seul moyen de ne pas choisir entre les deux gauches, c’est de la choisir. D’autant que les rénovateurs viennent de lancer un regroupement communiste interne-externe qui n’annonce rien de bon pour le PCF.
Car Onfray a pris soin de dire que la réalité, voir le réalisme, imposait de voter Ségolène Royal au deuxième tour et Besancenot – signatures oblige – et a jugé le ministre de l’Intérieur dangereux. Voilà qui réduit la spécificité de Marie Georges.
Rien n’est fait mais « tout est possible » comme disaient Marceau Pivert… Et Nicolas Sarkozy…
Extrait du blog de jean-Christophe Cambadélis: ici
15:00 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Socialiste, DSK, Vanves, 92, Hauts-de-Seine, présidentielle, 2007