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28.01.2007

Bloc de note de Jean-Christophe Cambadélis n°20

Frapper sur le même clou : Sarkozy

Je vous conseille le slam de « grand corps malade » sur la ville de Saint-Denis. Cela parle de notre France : celle qui vit, crée, combat et souffre. C’est autre chose que la France « papier glacé» de Nicolas Sarkozy. Cette France qui « réconcilierait l’ancien régime et la République ». Celle qu’il veut partager avec le Front National. Nicolas Sarkozy s’est avancé, il a hésité puis défini sa France : « la rente et l’abstinence ». D’abord la rente ! Tout ce qui permet de faire fructifier le capital au détriment du travail est appelée à la barre : le bouclier fiscal comme arme fatale pour défaire l’ISF. Le contrat unique comme glaive de la flexibilité. Les heures supplémentaires hors cotisation pour précariser les retraites. Le tout présenté dans un bas de soie : le travail.

Quant à l’international, Nicolas Sarkozy dresse le portrait d’une France qui s’abstiendrait de fixer un chemin pour l’Europe ; De déterminer une juste position vis-à-vis de l’Amérique de l’après Bush ; De proposer une ligne Franco Européenne au Proche orient et face aux bruits de bottes en Iran ; De répondre aux défis des « ateliers du nouveau monde » que sont la Chine et l’Inde. Nicolas Sarkozy est bien dans la continuité de Chirac, « l’ambivalence du drapé et le coup de menton ». Il nous faut frapper sur un seul clou, Sarkozy est une continuité dangereuse pour la France. Il faut renvoyer Nicolas Sarkozy a ce qu’il a été et sera : la continuité de Raffarin et Villepin. Celle que la France a sanctionnée dans les urnes et dans la rue.

Le PS et le « plan B »

Il est nécessaire que la Parti socialiste ait un « plan B » : « Bayrou, Buffet, Besancenot ». Le « bon usage » de ces trois candidatures, au-delà d’un 1er tour réussi, conditionne le succès du second. Nicolas Sarkozy a réussi médiatiquement à installer l’idée, d’une réddition du fortin Chiraquien ; renvoyé Villepin à ses gargouilles ; marginalisé, si ce n’est vassalisé de Villiers et contenu la charge de Bayrou.

Il se présente donc comme le candidat unique de l’UMP et le champion de toutes les droites. L’union sacrée du camp conservateur, ne va pas de soi, on le verra ! Mais dans l’instant c’est « l’apparence d’un quarteron de ministres derrière leur maître ».

La campagne participative, qui se veut méthode et réalité du changement présente l’immense avantage de démontrer que la gauche s’occupe des Français pendant que la droite se chamaille. Les Français ne la boudent pas. Et elle permet aussi de contourner le côté « cul plombé » de certaines sections et de mobiliser autour du PS. Ce qui ne fut pas obligatoirement le cas lors de la présidentielle de 2002. Elle reste toujours valide mais se déploie dans un nouveau climat. Où Nicolas Sarkozy « candidat sans entrave » multiplie les propositions, qu’il a oublié de mettre en œuvre dans ses gouvernements.

A l’évidence « l’on veut » que Ségolène Royal rentre dans cette bataille. Ce qui serait une erreur vis-à-vis du dialogue engagé avec des Français pour bâtir ensemble le changement ; Ou de cette nouvelle donne où Sarkozy semble maître de son camp. Sarkozy abat ses atouts, gardons nos cartes en mains. Et s’il y a candidature unique, cela fait une cible unique.

La montée de Bayrou, la persistance de Buffet et la tentation de Bové, offrent la possibilité au PS d’une contre offensive : souligner la césure à droite et la volonté anti libérale à gauche. Il ne s’agit pas de faire de la mandoline sous les balcons des trois « B ». Mais de démontrer qu’il existe dans le pays une majorité pour rompre avec les années Chirac et son « libéralisme sans boussole ». Il y a un axe de fait pour un vrai changement. Ainsi le PS ne se substitue pas à la candidate. Il augmente ses marges, au 1er comme au second tour. En installant ce paysage, il crée de la dynamique et protège la candidate de toute velléité d’un « pareil au même ».

Dominique Voynet « sauvée du Hulot » !

La non candidature de l’animateur de TF1 est à la fois sage et raisonnée. Sage car une fois son pacte écologique signé par tous, il était difficile de se présenter, puisque sa non signature devait être le prétexte à la candidature de Hulot.

Raisonnée parce qu’il vaut mieux dans ce moment de « basse eau » de la politique être un auteur qu’un acteur. Mais voilà un renoncement qui fait le bonheur des Verts. Ceci redonne en apparence de l’espace à nos amis. En apparence seulement car si Hulot se retire en raison de l’engagement des candidats pour son pacte écologique, cela sous entend que Nicolas Hulot admet plus ou moins leur engagement. Fort de ce brevet écologiste en bandoulière, les candidats seront difficilement bousculés en ce domaine par la candidate des Verts.

Il y a donc urgence pour nos amis de signer un pacte de gouvernement avec le PS. Ils démontreront l’utilité des verts à peser concrètement et écologiquement dans la politique. Dominique Voynet est « sauvée du Hulot ». Elle doit maintenant nager vers nous. Et le PS doit nager vers elle. Il y a urgence à bâtir une alliance durable et visible en ce domaine. Car si Hulot s’est retiré, il a jeté un trait d’encre sceptique sur l’engagement écologiste des candidats. Il y a ici non seulement un problème de fond. Mais aussi un gisement de voix.

Il règne comme un harcèlement médiatique

Décidément la moindre formule de Ségolène Royal est disséquée, amplifiée, déformée. Lorsque à propos du Québec elle dit que les peuples sont souverains. Nos amis Canadiens, qui en ce domaine ont la gâchette facile, traduisent « elle est implicitement souverainiste ». Franchement ce n’était pas « Vive le Québec libre ». Mais le simple constat que les Québécois vont voter et qu’ils doivent être libres de le faire. Mais il est devenu à la mode de la brocarder comme il l’était hier de l’encenser. Les récentes sorties politiques du 1er secrétaire n’ont pas aidé, mais c’est maintenant dépassé, parait-il.

Quant à nous, contrairement à ce qui est écrit ici ou là, nous ne sommes ni dans l’amertume, ni dans la flagornerie. Nous revendiquons le droit d’être nous même et utiles dans une campagne, où nous ne demandons rien et Ségolène Royal doit faire ce qu’elle veut.

DSK fut le premier à pilonner Sarkozy. Et à la lecture actuelle des argumentaires il n’a pas été sans influence. Il n’a pas applaudit toutes les déclarations de Ségolène Royal. Et alors ? Ce n’est ni son rôle, ni son statut, ni même ce qu’« on » lui demande. Il fut présent lors du rendez-vous au QG de campagne dans un moment délicat. Car il ne se trompe pas de combat. Bref, il est libre et loyal, dans la bataille.

Extrait du blog de jean-Christophe Cambadélis: ici

Commentaires

Pour que le NON serve à quelque chose

A une large majorité, les français ont dit non en mai 2005 au projet
d'élever les politiques libérales à la hauteur d'une Constitution pour
l'Europe. Aucun des grands partis, ni leurs candidats présidentiels pour 2007, ne semblent avoir pris la mesure de l'évènement.
Depuis un demi-siècle, les traités européens et les accords commerciaux internationaux se résument aux priorités du monde des affaires, sous la pression des puissants: libre circulation des biens, des capitaux, de la main d'oeuvre. En revanche, rien n'a été accompli sur les régimes sociaux, fiscaux et migratoires dont l'égalité devrait être une condition préalable à cette "concurrence non faussée", leitmotiv de Bruxelles et de l'OMC, qui n'a fait l'lobjet d'aucune définition. Et pour cause: il y manque à l'évidence les garanties élémentaires protégeant le citoyen du dumping au moins disant en matière de régime social, fiscal, environnemental et migratoire.
Or, c'est bien le citoyen et non le système qui est la mesure ultime de
toute politique, ce qu'oublie cet extrémisme économique qu'est le libéralisme.
C'est celà qu'a su exprimer le peuple français avant toute autre nation, car c'est celà que devrait clamer haut et fort une Constitution pour l'Europe.


Il suffit de s'interroger sur la définition d'une "concurrence non-faussée" pour voir se dessiner ses deux composantes:
- les garanties libre-échangistes pour l'entrepreneur. Elles sont largement développées dans la partie III du traité constitutionnel pour l'Europe.
- les garanties collectives pour tout citoyen. Elles demandent à être
développées au même titre dans une autre partie (II-bis, par exemple).
Un pays ne souscrivant pas aux mêmes garanties collectives ne peut
manifestement réclamer l'exercice du libre échangisme avec les autres, sous peine de "concurrence faussée". C'est pourtant ce à quoi l'on assiste, sous la pression des lobbies, qui tirent leurs bénéfices de ces vases communicants. Cela illustre la légèreté avec laquelle ont procédé Bruxelles et l'OMC dans l'intégration croissante de pays incapables ou indésireux de souscrire à ces garanties. Celà traduit aussi la sagesse de la majorité du peuple français qui a voté NON devant cette perspective, ce qui a stoppé l'empressement ambiant à passer outre l'approfondissement de cette question. Gare à ceux qui voudraient l'ignorer...

A quoi bon ériger de grands groupes industriels s'ils réservent leurs
investissements aux délocalisations qui appauvrissent notre population ?
Et à quoi sert notre Europe, première puissance économique mondiale, si elle doit livrer ses ressortissants aux dégâts du laisser-faire international ?
S'il y a une urgence en ce début de siècle, elle est sociale plus encore
qu'écologique, et concerne l'homme avant même son environnement. En regard, les considérations domestiques dont on nourrit l'actuel débat électoral face aux problèmes de chomage, d'immigration ou de ressources naturelles paraissent dérisoires, car les solutions passent toutes par une remise en cause collective à Bruxelles et à l'OMC.
Comment prétendre revaloriser le travail en France, quand on le dévalorise à l'échelle de l'Europe et de la planète en le livrant aux lois aveugles du plus bas coût salarial ? Ainsi, sous le slogan "travaillez plus et gagnez plus" se cache la réalité subliminale qui sous-tend le marché libéral:
"travaillez comme les chinois et gagnez comme les chinois".
Les candidats présidentiels seraient bien inspirés de prendre en compte ce message prémonitoire de la population: on ne pourra plus longtemps faire l'économie d'un plan B, en Europe comme ailleurs. Il ne s'agit donc pas pour les français de ratifier un texte simplifié sur les institutions perpétuant ces deséquilibres, ou même la charte de voeux pieux l'agrémentant, mais de l'enrichir des valeurs évoquées, en vue d'un traité constitutionnel pour l'Europe qui soit un modèle pour le reste du monde.

Combler cette attente en proposant un plan social universel des règles d'équité entre les peuples, avec la même conviction que celle qui anima le NON en 2005, c'est emporter l'adhésion en 2007 bien au delà des clivages politiques traditionnels. C'est aussi perpétuer la vocation de la France, en donnant un nouveau départ à l'Europe.
Voilà une ambition qui apporterait souffle et vision au Pacte Présidentiel !

Ecrit par : Gérard Salut | 16.02.2007

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