13.11.2006
Lettre aux militants
Bonsoir à tous et à toutes.
Je vous envoie ce petit mail puisque la campagne se termine. Je vous rappelle que nous organisons un pot convivial DSK mercredi soir à 20H30.
Pour ceux que cela intéresse, vous pourrez retrouver très bientôt sur dsk2007.net ou http://dskvanves.blogspirit.com le discours de Cergy (en texte et en vidéo), où DSK a enflammé plus de 2000 personnes à Cergy dans le Val d'Oise.
Ainsi donc, la campagne se termine. Je pense qu'elle a fait honneur à notre parti, même si quelques incidents ont eu lieu. Je n'insisterai pas plus, même si des accusations injustifiées (et démenties par la suite) ont pu être proférées de part et d'autre; car si je pense que s'il faut débattre sur le fond politique, il ne faut pas se porter des accusations, surtout injustifiées, entre camarades. Mais de toute façon, on est tout de même très loin de l'affaire Clearstream qui a servi à départager la droite, et même des primaires américaines où les attaques sont autrement plus violentes.
Je pense que le débat a été utile au Parti Socialiste, à la gauche et à la France; que 3 lignes politiques ont pu être précisées. Des propositions débattues et affinées. Dominique a apporté plus que sa part d'idées qui renouvellent la vision de la gauche française et européenne, que ce soit l'égalité réelle, le service public de la petite enfance, la relance européenne par la relation franco-allemande. Il a porté haut les couleurs de la social-démocratie, qui si elle semble un vilain mot chez nous, est au coeur du système politique de nos voisins rhénans et scandinaves (où la gauche perd une fois tous les 15 ans! et ce depuis 1932).
Cette investiture a permis aussi de permettre à des candidats à l'investiture de se présenter sans distinction de race, de sexe ou de religion, faisant honneur à notre parti.
Tous ceux qui ont vu ces débats ont pu découvrir les personnalités et le talent de nos candidats. DSK est incontestablement celui dont la stature s'est révélée lors de ces débats, puisqu'il était le moins connu des 3 au début de cette campagne (et oui, Dominique gagne à être connu ;-) ).
Face à Sarkosy qui propose de construire une société de la défiance, atlantiste, libérale, et communautariste, il faut opposer un projet novateur et une capacité à fédérer. DSK, en plus d'être un exceptionnel technicien est porteur d'une vision pour la France qui saura séduire les français, et il a la reconnaissance de la communauté internationale, ce qui lui permettra de résoudre les problèmes de la France, pour la plupart d'origine internationale.
2 vidéos pour conclure:
- DSK en débat contre Sarkosy en 2002: Débat DSK-Sarko en 2002 (depuis Sarkosy ne veut plus débattre avec DSK)
- l'intervention de Michel Rocard sur TF1 samedi: Michel Rocard à TF1
Bonne soirée à tous et à toutes. Et à jeudi pour le vote.
Stéphane
21:30 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Socialiste, DSK, Vanves, 92, Hauts-de-Seine, présidentielle, 2007
14.10.2006
Retour sur Airbus, ou le triste bilan de M. Chirac
L'affaire Airbus défraie la chronique depuis longtemps. On est passé en quelques mois d'un grand succès industriel à un plan de restructuration à grande échelle. L'affaire Clearstream, qui avait pris naissance à Airbus, a occupé la France pendant quelques temps. Retour sur la politique industrielle, ou comment la droite a réussi à pulvériser l'une des grandes réussites économiques du gouvernement Jospin, menée avec brio par DSK.
Lorsque les socialistes arrivent au gouvernement en 1997, le secteur aéronautique européen est fragmenté. C'est alors que le gouvernement, conscient de l'incapacité des marchés à penser à long terme, décide de prendre en charge la restructuration industrielle du secteur. Ce fut un exemple réussi de politique industrielle, très loin de ce contre-exemple qu'est la fusion GDF-SUEZ.
Après de longues négociations, EADS est créé. La naissance de l’EADS (European Aeronautic, Defense and Space Company), résultat de la fusion des groupes Aerospatiale-Matra (branche aéronautique et défense du groupe Lagardère), Dasa (Daimler Aerospace), British Aerospace et de l'espagnol Casa marque un tournant majeur dans le processus de restructuration et de consolidation des industries européennes d'aéronautique et de défense .
Un géant est né. La structure de l'actionnariat reflète cette construction, mi-étatique, mi privée. Lagardère reçoit 15% des parts, tout comme l'état français, Daimler Chrysler recevant 30% des parts. Cette structure 30% français/30% allemand est la marque de l'aspect politique de cette création franco-allemande (mais aussi anglaise et espagnole). Comme dans toute fusion réussie, tous en tirent profit, que ce soit Lagardère ou les autres actionnaires. Mais aussi et surtout, c'est l'Europe et les salariés d'Airbus qui sont les grands gagnants de ce jeu à somme positive!
La réussite est complète, comme le montre la première place conquise par Airbus face à Boeing dans le nombre d'avions vendus, ou la réussite technologique de l'A380.
Malheureusement, Lagardère père, qui tenait les rênes d'Airbus et lui donnait une vision industrielle, meurt en 2003; et la politique politicienne prend ses droits. Une guerre de succession fratricide entre Noel Forgeard (Président d'Airbus) et Philippe Camus (Vice-Président d'EADS). Cette guerre fratricide est encouragée par Jacques Chirac, qui veut aider son ami Noel Forgeard à devenir co-président. C'est lors de cette guerre fratricide que sont lancé les vrais-faux listing clearstream, qui connaîtront ultérieurement leur heure de gloire.
Finalement, Noel Forgeard est nommé vice-Président et Philippe Camus est écarté. La défaite de Camus est suivie d'une vaste épuration de ses proches: la structure dirigeante d'EADS est décapitée, une petite moitié des hauts responsables étant priés de plier bagage. Le compromis franco-allemand, déjà abîmée par l'affaire Sanofi-Aventis, est une nouvelle fois mis à mal: les relations s'en ressentiront.
Les problèmes de cablage de l'A380 qui compromettent aujourd'hui le résultat d'Airbus, auraient dû être réglés à cette époque, mais tout le monde était bien trop occupé par cette guerre des chefs. Le projet A350 lancé à cette époque là est mal ficelé et est rejeté aujourd'hui par les clients d'Airbus.
L'épilogue de cette guerre des chefs est connu! La production industrielle de l'A380 a près de 2 ans de retard, engendrant des indemnités colossales à verser aux clients non livrés. L'A350 s'est révélé un mauvais projet et il faut désormais tout revoir, avec pour conséquence plusieurs années de retard (qui serviront à Boeing pour prendre de l'avance) et des surcoûts une nouvelle fois gigantesques!
Et c'est là que Jacques Chirac, non content d'avoir cassé ce qu'il considérait comme son jouet pour récompenser ses amis, décide de lui porter un coup fatal.
Aujourd'hui Airbus devrait investir massivement pour rattraper son retard sur l'A380 et l'A350. Il devrait muscler ses équipes de production pour rattraper au mieux le retard de l'A380, et investir pour lancer le programme A350. En lieu et place d'une véritique politique industrielle, Jacques Chirac décide désormais de laisser faire le marché, qui bien évidemment prend la seule décision qu'il sait prendre: il raisonne à court terme et une politique de réduction des coûts est engagée!
L'impact social sur la région toulousaine (et en Allemagne) sera dramatique, et en plus cela ne résoudra aucun des problèmes d'Airbus!
Cette gabegie illustre à merveille ce qu'auront été les 5 années du règne de Chirac: beaucoup de poudre au yeux ("les socialistes ne comprennent rien à l'économie, nous on fera mieux"), du copinage... et une catastrophe à l'arrivée.
Alors en face que propose DSK? Une vraie politique industrielle!
Le marché a des avantages et des inconvénients. Il faut les connaître pour pouvoir agir au mieux de l'intérêt de tous.
Le marché crée des richesses, accompagnons le pour en créer! Aidons les entrepreneurs et les chercheurs qui créent de la valeur Ajoutée!
Le marché crée de la précarité: créons la sécurité sociale professionnelle, pour ne laisser personne au bord de la route!
Le marché engendre de terribles inégalités: mettons en place l'égalité réelle, et donnons plus à ceux qui ont moins!
Le marché veut des salariés bien formé mais refuse d'investir sur la formation! L'état doit prendre sa part et investir massivement dans l'université et la recherche, et permettre la formation tout au long de la vie!
Le marché pense à court terme! L'état pensera à long terme: il faudra mettre en place une vraie politique industrielle! Pour faire face à la fois au défi de l'emploi, mais aussi à celui de l'après-pétrole, c'est dès maintenant qu'il faut investir à grande échelle dans l'industrie de l'avenir!
Ce sont les emplois de demain qui sont décidés aujourd'hui! C'est aujourd'hui que se décide l'avenir pour notre planète, c'est aujourd'hui que nous devons nous engager sur l'après-pétrole!
Stéphane
10:20 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Socialiste, DSK, Vanves, 92, Hauts-de-Seine, présidentielle, 2007
24.09.2006
Retour sur les mineurs délinquants et la justice
Nous en avions déjà parlé sur ce blog. Pour rappel:
Une réflexion personnelle sur la délinquance des mineurs: Ici.
Et une autre sur la prison et la justice française: Là.
Encore et toujours la délinquance des mineurs refait la une de l'actualité, et de façon toujours aussi dramatique... Cette fois-ci, ce sont deux représentants des forces de l'ordre qui se sont fait lâchement agressé.
Le débat est relancé, cette fois-ci ce serait les juges qui seraient fautifs. Si la question de la responsabilité des juges mérite d'être posée, on ne peut en faire les seuls boucs émissaires de ce qui se passe actuellement.
C'est d'abord l'échec d'un homme, Nicolas Sarkosy, d'un parti, l'UMP, et d'une politique, la Tolérance Zéro. Ils avaient fait croire (et avaient été élus) sur un programme simple: il suffirait de mettre fin au prétendu laxisme de la gauche, d'appliquer cette notion de bon sens qu'est la Tolérance Zéro et tout rentrerait dans l'ordre.
Force est de constater que cela n'a rien résolu, voire que cela a empiré!
Pourquoi, tout simplement parce que si on ne peut excuser l'acte délinquant, il faut bien comprendre que la délinquance se développe sur le terreau fertile de la misère sociale. Tous les problèmes: de l'école au chômage en passant par la crise du logement sont liés.
Si la délinquance sur les biens (vols, etc...) a diminué, c'est pour une raison simple: les antivols sont plus efficaces (logement, voitures...) et les portables sont des objets moins cher, et donc qui ont moins de raison d'être volé.
Par contre, les violences crapuleuses (pour voler) ou gratuites (sans raison) sont en hausse. Pourquoi, parce que nombre de délinquants n'ont plus de repères, et que la peur de la prison n'agit plus.
Les Etats-Unis l'ont montré. Ils ont appliqué la Tolérance Zéro avant nous. Leur population carcérale est passée de 400.000 à 2 millions. C'est à dire de autant que nous en proportion à 7 fois plus que nous (plus que la Russie à l'apogée des goulags). Et ça n'a rien résolu (mis à part que cela coûte horriblement cher)! La seule chose qui a été efficace, c'est la relance économique des années Clinton qui a créé des millions d'emplois.
Mais regardons dans les détails ce qui se passe en Seine-Saint-Denis puisque c'est l'épicentre du problème.
Tout d'abord l'augmentation des effectifs y a été très limité. Il y a 4 fois moins de policiers par habitant en Seine Saint Denis qu'à Paris! De plus les effectifs de police sont souvent mobilisés par la lutte contre l'immigration clandestine, les événements au Stade de France ou les nombreuses visites ministérielles... et ont été très sollicités lors des émeutes de novembre 2005 ou lors du CPE. Et les personnes y sont plus jeunes et plus inexpérimentées qu'ailleurs!
Et c'est pareil pour la justice! Les effectifs ont été légèrement renforcés, mais les moyens sont encore trop limités. Les juges y sont plus efficaces qu'ailleurs, mais cela ne suffit pas!
La Seine Saint Denis est un territoire où la précarité et le chômage sont immenses, et où les services publics sont moins présent qu'ailleurs. C'est un coktail explosif comme l'ont révélés les émeutes de novembre.
Quant aux juges qui seraient trop laxistes, c'est un mythe. La réalité, c'est qu'ils on le choix entre des sanctions non appliquées ou la prison. On imagine bien les risques que font courir la prison sur une jeune personne. C'est une décision grave, qui ne peut être prise à la légère. Le Travail d'Intérêt Général (TIG) et autres mesures alternatives sont de bonnes mesures, mais encore faut-il qu'ils puissent les prononcer... hors personne ne propose de TIG, donc les juges n'en prononcent plus car ils ne peuvent être appliqués. C'est pourquoi tant que l'état ne décide pas de faire un efforts sur les mesures alternatives, nous resterons sur ce constat d'impuissance.
Quant à la question de la responsabilité des magistrats, elle se pose mais elle est liée à celle de l'indépendance.
En effet, la justice n'est que partiellement indépendante, puisque les magistrats du Parquet sont soumis à l'autorité du Garde des Sceaux. Par conséquent, les magistrats du Parquet ne sont responsables que devant le Garde des Sceaux. Ainsi il faudrait renforcer l'indépendance et le pouvoir du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), qui dès lors aurait en charge l'ensemble des questions disciplinaires. Et pour éviter tout réflexe de corporatisme, il faudra y faire siéger des personnalité indépendantes. Dès lors, on pourrait parler de responsabilités des magistrats, dont il serait redevable de par leur indépendance.
Bref, la Seine Saint Denis cristallise nombre de problématiques de nos sociétés. La réponse sera forcément complexe, socio-économique mais aussi pénale, en améliorant l'efficacité de l'ensemble de la chaîne judiciaire... Mais en allant plus loin que les raccourcis hâtifs auxquels nous habituent notre Ministre de l'Intérieur.
Stéphane
19:00 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Socialiste, DSK, Vanves, 92, Hauts-de-Seine, présidentielle, 2007
14.09.2006
GDF, Suez... Et Kyoto dans tout ça?
Avec le débat qui commence à l'assemblée, l'énergie revient au coeur du débat. Mais depuis que le prix de l'essence flambe à la pompe, on commence à en avoir une autre vision.
En effet, la planète redécouvre ce qu'est le pétrole cher... et ce n'est que le début. Car entre l'épuisement progressif des réserves de pétrole et le réchauffement climatique, nous allons devoir progressivement nous habituer à un autre mode de vie.
Tout d'abord sur le réchauffement climatique. Il existe aujourd'hui un consensus scientifique pour affirmer que d'ici 2100 la température globale va monter entre 1,5 et 5 °C. Cet écart s'explique par 2 grandes raisons: l'incertitude scientifique normale (faire des modèles climatiques à 100 ans, c'est pas simple) mais aussi par les mesures politiques que nous allons prendre. Tout cela nous emmène à un réchauffement de 2 à 10°C d'ici 2200.
Alors, c'est grave docteur? Il faut savoir qu'une ère glaciaire, c'est 5°C en moins. Par conséquent, même dans le cas de l'hypothèse la plus optimiste, le climat mondial va être radicalement bouleversé, et dans un laps de temps minuscule à l'échelle de la planète.
Les dégats écologiques vont être radicaux, des milliers d'espèces vont disparaître faute de pouvoir s'adapter à un changement aussi brusque. Quant à l'impact sur les événements climatiques, ils peuvent aller de cyclônes et autres inondations de plus en plus fréquentes (ce qui pourrait finir par être insoutenable) à l'inversion du Gulf Stream... Et là il est peu probable que l'écosystème s'en remette.
De plus, notre planète risque d'entretenir le phénomène même si nous arrêtons de polluer. En effet, on s'aperçoit que quand la chaleur augmente, le sol et les océans se mettent à dégager du CO2. Si cet effet se confirme, c'est la machine infernale qui est lancée!
Bref, le réchauffement climatique est certain. la seule question est de savoir si les dégats vont rester "raisonnables" ou s'ils vont emporter l'essentiel de l'humanité. Et c'est pour ça qu'il faut agir vite et à l'échelle mondiale.
La disparition programmée du pétrole pourrait nous aider à accélérer cette mutation énergétique inéluctable. Malheureusement, nous disposons de réserves encore plus colossales de gaz et de charbon. Le charbon pourrait nous permettre de continuer notre mode vie pendant une centaine d'année. Mais le charbon dégage encore plus de CO2 que le pétrole. Ainsi, si on ne compte que sur le prix de l'énergie, les pires hypothèses sont à prévoir sur le réchauffement climatique.
Il va donc falloir réussir à passer d'une économie CO2 à une économie sans CO2, et le plus vite possible si on ne veut pas laisser une planète définitivement dégradée aux générations futures.
Bien évidemment le problème énergétique ne vient pas seul. Le problème de l'eau est un sujet de conflit potentiel explosif pour l'humanité. Et les déchets emmenés par une multinationale en Côte d'Ivoire nous rappelle que nous polluons toujours plus.
Bref c'est de mode de vie qu'il faut changer... Tout en sachant que personne ne souhaite renoncer au confort moderne.
Il va donc falloir mener une politique ambitieuse, tout d'abord en France mais ensuite en Europe (certains de nos partenaires sont plus en avances que nous) pour ensuite pouvoir mener ce changement au niveau mondial. Et le protocole de Kyoto, s'il est un modeste premier pas, est encore bien insuffisant!
Mais pour bien se rendre compte de ce que ça va changer, il faut imaginer ce que nous a apporté le pétrole. En terme énergétique, un litre d'essence, c'est l'énergie de 100 personnes au cours d'une journée de travail. C'est à dire qu'avec 1 euro, on achète pour une journée l'équivalent de "100 esclaves". Mais en même temps, ce n'est pas surprenant quand on imagine que plus d'un français sur deux fait bouger sans effort une voiture d'une tonne à 130 kmh/, que presque tous les ménages français possèdent des équipements qui ont considérablement allégé le travail au foyer (lessive, vaisselle, four à micro-onde...), font du chaud en hiver et du froid en été (grâce à la climatisation).
Malheureusement, il faut diminuer notre consommation d'énergie. Il va donc falloir accepter de ne plus avoir de voiture et de ne prendre que les transports en commun. Mais les transports en commun, ça nécessite un habitat dense... Il va donc falloir renoncer à avoir chacun notre petit pavillon avec jardin, pour le troquer contre un appartement.
Bien évidemment, il va falloir isoler nos logements, arrêter de dépenser une énergie dingue pour qu'il fasse en permanence 20 °C, été comme hiver. Les équipements qui consomment trop d'énergie, comme le sèche-linge, vont devoir être envoyé à la casse.
Au lieu de changer de portable tous les 6 mois, et de voiture tous les 4 ans, on redécouvrira le métier de réparateur car cela demandera trop d'énergie de créer sans cesse de nouveaux produits, alors qu'il serait beaucoup moins gourmand en énergie de les réparer.
Il va falloir faire des efforts même sur la nourriture. 1 kg de boeuf, c'est 10 litres d'essence! Quand au poisson, les stocks sont tellement sur-exploités que la pêche cessera d'elle même. Et 1 kg de poisson d'élevage, c'est 10 litre d'essence aussi.
Vous allez me dire: c'est radical! Tu exagères! ... Oui et non. C'est radical mais je n'exagère pas. Cela faisait longtemps qu'on avait pas vu une unanimité pareille des scientifiques. Mais effectivement nos modes de vie vont radicalement changer.
C'est pouquoi il faut commencer le plus vite possible, pour nous laisser le plus de temps possible pour nous adapter à un changement qui, s'il est bien accompagné, pourra être l'occasion de redécouvrir une vie plus saine (sans voiture, donc avec plus de marche à pied et avec moins de viande, on résoudra des problèmes alimentaires, dont dans certains cas l'obésité), une vie plus conviviale (les petits commerçants vont retrouver leur place dans nos quartiers) et moins obsédée par la consommation.
Pour cela il faut mettre en place des taxes sur la pollution, dont la plus urgente est la "taxe CO2". C'est à dire comme la TIPP sur l'essence à la pompe, mais généralisée à toutes les activités qui produisent du CO2 et en encore plus cher.
Et il va falloir que cet taxe augmente chaque année d'environ 10%, afin que l'énergie devienne tellement chère qu'on arrête de la gaspiller.
Le problème, c'est que cela va toucher le pouvoir d'achat des plus modestes. Et c'est pouquoi il faut en revenir à la question initiale. Si l'on veut que la transition vers une économie sans CO2 soit possible, il faut que l'Etat accompagne ce changement, en particulier auprès de ceux qui vont souffrir le plus de cette diminution de leur pouvoir d'achat.
L'état va devoir co-financer la massification des transports en commun, développer un habitat compatible avec cette nouvelle donne (ce qui permettra par là-même de résoudre cette terrible crise du logement), co-financer l'isolement des logements, et développer encore les énergies non productrices de CO2. On pense en particulier aux énergies renouvelables, qui présentent de plus l'avantage de créer des emplois dans un domaine d'avenir.
C'est pour cela que ce qui se passe en ce moment à l'Assemblée Nationale est ubuesque. Sans revenir sur les motivations cachées de cette fusion, on va s'intéresser seulement aux conséquences sur le problème écologique.
Comme nous venons de le voir, il faut agir le plus tôt possible et vite, et accompagner la transition par un effort massif de l'état, en particulier sur les questions énergétiques.
Et c'est le moment que choisit le gouvernement pour privatiser GdF, alors que mêmes les libéraux les plus acharnés commencent à voir les inconvénients de la libéralisation des marchés de l'énergie, comme le sous-investissement chronique dans les capacités de production et la hausse des prix.
De la même façon, alors que le pays traverse une grave crise du logement et que la crise des banlieues de l'automne dernier montre les limites de notre modèle d'urbanisation (mais pas seulement bien évidemment ), il faut faire cet effort national envers le logement. Et l'état et les collectivités locales doivent être les chefs de file pour repenser l'habitat. La propositon de DSK de créer des villes nouvelles va bien évidemment dans cette direction.
Je concluerais cet article par cette phrase de jacques Chirac: "la maison brûle, et nous regardons ailleurs"... sauf que c'est la maison UMP qui est aux manettes!
Stéphane
21:20 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Socialiste, DSK, Vanves, 92, Hauts-de-Seine, présidentielle, 2007
04.06.2006
De la délinquance des mineurs
Revenons maintenant à la question des mineurs délinquants qui a été évoquée ces derniers jours. Tony Blair avait un slogan très intéressant et qui lui a fait remporter les élections: "dur avec le crime, dur avec les causes du crime". En bref, la délinquance naît souvent sur un terreau économique et social défavorable, mais cela n'exonère pas l'individu délinquant.
Alors la délinquance des mineurs dans tout ça? Déjà c'est un problème centenaire. Il y a eu les "sauvageons" de Jean-Pierre Chevenement, l'alerte aux blousons noirs des années 70, les "apaches" au début du siècle. La question des mineurs délinquants hante nos sociétés depuis longtemps. C'est d'ailleurs dans le contexte infiniment progressiste de la fin de la guerre 39-45, qui a vu naître la sécurité sociale, qu'est publiée l'ordonnance de 1945 sur la délinquance des mineurs: " Il est peu de problèmes aussi graves que ceux qui concernent la protection de l'enfance et parmi eux … l'enfance délinquante. "(JO - 2 février 1945). L'idée est de traiter l'infraction non pour elle-même, mais comme le symptôme d'une inadaptation sociale qu'il s'agit de corriger.
Un rappel des enjeux sur le site du CNRS: Les jeunes face à la justice pénale.
Car si les mineurs délinquants sont une réalité qui perturbe la vie des quartiers et des collèges dits sensibles, comment résoudre le problème. Les maisons de correction ont été un échec. Par contre, les éducateurs ont partiellement résolu le problème des blousons noirs.
Mais le chômage de masse depuis 30 ans a joué un rôle majeur. Des parents démissionnaires, très certainement mais comment les réhabiliter dans leur rôle alors qu'ils sont au chômage ou qu'ils font partie de ces mères célibataires qui doivent travailler et éduquer leurs enfants, avec des horaires de travail qui ne leur permette pas toujours de concilier les deux?
Quel espoir pour cette jeunesse non qualifiée qui n'a pour horizon que le chômage ou l'argent facile de la drogue?
On sait qu'un adolescent a besoin d'un peu d'intimité pour faire ses devoirs, et plus généralement pouvoir se construire. Mais au vu du problème de logement, c'est impossible pour de nombreuses familles.
Autre question, celle des cages d'escaliers, comment permettre aux jeunes de se réunir sans déranger le reste de la population?
Et la justice. D'un côté celle pour les puissants, comme pour Guy Drut ou pour la déliquance financière qui n'écope que de peines avec sursis. De l'autre celle pour les pauvres où règne la Tolérance Zéro. Celle où l'on se fait contrôler trois fois par jour si on a pas un profil BBR (Bleu Blanc Rouge). Celle où la présomption d'innocence n'existe pas et où les avocats commis d'office étudie seulement 10 minutes un dossier qui va conduite à 3 ans de prison. Comment redonner confiance en la justice?
Quant à la sanction, il existe un vide. Finalement le Juge des Enfants se retrouve à hésiter entre le rappel à l'ordre (en bref, peu de choses) et la prison, qui sous sa forme actuelle résout rarement les problèmes (les délinquants qui vont en prison en sortent souvent pire).
Il faut réhabiliter les peines alternatives à l'incarcération, et au premier lieu les Travaux d'Intérêts Généraux, forme de sanction intermédiaire particulièrement adapatée. Malheureusement, comme il n'y a pas assez de TIG proposés, les juges n'en prescrivent que peu. Il faut donc un grand chantier national, où toutes les administrations publiques et territoriales se mobilisent pour accueillir des TIG. C'est à cette seule condition que tous les actes délinquants pourront être sanctionnés, tout en évitant au maximum cette peine de prison souvent mal adaptée.
Bref un vaste chantier où les problèmes socio-économiques s'entrecroisent avec la responsabilité individuelle du délinquant. Il faudra en tout cas sortir des propositions faciles telles que celles proposées par Nicolas Sarkosy... et qui en marche pas (les actes de violence sur les personnes augmentent de près de 10% par an depuis 2002).
Stéphane
17:35 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Socialiste, DSK, Vanves, 92, Hauts-de-Seine, présidentielle, 2007
Justice et prison en France
Notre justice et notre prison posent des problèmes majeurs à la démocratie française.
Tout d'abord, notre justice est presqu'au niveau d'un pays du Tiers-Monde. Nous y consacrons 40% de moins que les allemands et deux fois moins que les anglais. L'embouteillage du système judiciaire s'explique de lui même dès lors.
Ensuite, la présomption d'innocence est quelque chose d'incongru dans le système français. Même si un progrès majeur avait été réalisé en 2000, la loi Perben II de 2003, en développant le culte de l'aveu (plaider-coupable, garde à vue prolongée...) nous a ramené quelques décennies en arrière. Il faut donner des moyens à la défense, à la fois en accroissant les moyens des avocats, mais aussi en facilitant l'aide juridictionnelle pour tous (sous peine de voir continuer à se développer une justice à 2 vitesses).
Si d'autres améliorations sont nécessaires, ces 2 grandes carences résument le procès d'Outreau (et beaucoup d'autres malheureusement beaucoup moins médiatiques).
Enfin, on doit noter que les associations d'aide aux victimes (soutien psychologique, financier...) est 10 fois moins financé par l'état qu'en Angleterre par exemple.
Bref, la défense des victimes et de la présomption d'innocence ne sont pas irréconciliable mais nécessitent un vrai engagement de l'Etat pour les citoyens, sur LE domaine régalien par essence.
Ensuite la prison. Même s'il ne faut jamais oublier la loi d'airain chère à Robert Badinter (le plus grand Garde des Sceaux Français) , qui veut qu'on ne pourra jamais traiter mieux les personnes en prison que la personne la moins bien traitée à l'extérieur, il ne faut pas rien faire.
Bien sûr il faut lutter contre la misère sociale... mais c'est un autre sujet. On peut tout de même noter que 80% des personnes incarcéres n'ont pas le Brevet des Collèges dans une société où 60% de la population a le bac. Les autres aspects du modèle social français sont donc liés, et la prison n'est que le reflet de ces problèmes.
Mais il faut de toute façon améliorer la condition pénitentiaire dans l'intérêt de tous, personnes incarcérées et citoyens.
En effet, il ne faut jamais oublier que tout détenu est voué à sortir un jour, et qu'il vaut mieux dans l'intérêt de tous qu'il ne récidive pas. Sinon, ce seront de nouvelles victimes.
Pour cela, il faut considérer qu'être privé de liberté est déjà suffisant, et que cela ne sert à rien d'en rajouter.
C'est pour cela que le meilleur moyen de lutter contre la récidive est de rendre les conditions de détention respectueuse des droits de l'homme, et de permettre aux personnes détenues de s'intégrer dans la société à leur sortie, en les aidant en détention par le travail, l'éducation et le respect de la personne humaine... pour qu'enfin la prison cesse d'être l'école du crime (pour mémoire, Youssouf Fofana a mis au point ses méthodes d'enlèvement en prison auprès des délinquants expérimentés qu'il cotoyait). Il suffit de voir le rapport sénatorial de 2000 où tous les sénateurs étaient unanimes pour considérer que "les prisons françaises, une humiliation pour la République", pour se convaincre de l'urgence de l'amélioration de la condition pénitentiaire.
Ensuite, il suffit de prendre exemple sur les pays scandinaves.
Les détenus y sont systématiquement mis en liberté conditionnelle à la motié de leur peine, ce qui permet un vrai travail de réinsertion, car ce mélange de générosité et de contrainte permet une réinsertion efficace. La personne détenue sent qu'on lui donne sa chance, mais en même temps elle est surveillée afin d'avoir une pression pour éviter qu'elle ne récidive. En France aussi, les libérés conditionnels récidivent beaucoup moins que les autres.
De plus, là-bas, la semi-liberté est le régime de détention ordinaire. La personne purge sa peine, car elle est incarcérée les soirs et le week-end en prison, mais elle continue à pouvoir exercer un travail, ce qui est indispensable à sa réinsertion. En France là encore, les personnes en semi-liberté récidivent moins que les autres, mais ce système ne concerne que 3% des détenus.
Quant aux peines alternatives à l'incarcération, elles sont une vraie solution qui n'a jamais été réellement appliquée. En évitant la prison, qui est éminement criminogène (exemple très courant: un prévenu présmumé innocent est en cellule avec un délinquant expérimenté), on doit pouvoir trouver une solution pour les petits délinquants. Il faut sanctionner à la première incartade, mais de façon juste. Pour cela, le Travail d'Intérêt Général (mais il y en a d'autres) est la solution idéale.
Mais personne n'en propose si bien que les juges ont arrêté d'en prescrire et soit ne prescrivent aucune peine, soit envoient en prison. C'est pourquoi un grand plan qui obligerait l'état, les collectivités territoriales, les entreprises et les associations subventionnées par l'état à proposer des TIG est indispensable.
Enfin, il ne faut pas oublier qu'une grande partie des personnes incarcérées a des problèmes pyschiatriques. Plus de 30% des détenus ont un problème psychiatrique grave. Un véritable plan en faveur de la psychiatrie publique est nécessaire sous peine de voir finir les personnes psychiatriquement malades en prison... après avoir commis un délit ou en crime. Prévenir plutôt que guérir devrait être le leimotiv de la psychiatrie publique, laissée en friche depuis 30 ans (l'épisode de l'hôpital de Pau n'est que la partie terrible immergée de l'iceberg).
Enfin, un vrai problème est soulevée par les délinquants sexuels. Ils représentent 15% de la population des prisons françaises, mais beaucoup moins des entrants/sortants de prison (80 000 personnes entrent et sortent chaque année des prisons, et y restent 8 mois en moyenne; ainsi les délinquants sexuels ne représente que 1% des personnes entrant en prison chaque année). Il faut savoir que ces personnes ayant de graves problèmes mentaux ne sont soignées ni à l'extérieur ni à l'intérieur. Ainsi on attend pour les incarcérer qu'ils aient commis un crime atroce... et on les relâche alors qu'ils ne sont pas guéris. Bref il y a un sujet majeur à traiter autour de la prévention et de la réinsertion pour traiter ce problème. A noter que l'essentiel des délits et crimes sexuels ont lieu dans la famille ou son cercle proche, les Fourniret et autres étant des exceptions dramatiques.
Quant à la détention préventive, rien de plus à rajouter si ce n'est que ces personnes sont dans 3% des cas innocents, et dans les autres cas purgent souvent des peines bien supérieur à ce qu'ils devraient avoir (cf rapport sénatorial « les prisons françaises une humilation pour la République » en 2000). Bref, une injustice dans bien des cas.
En tout cas, une piste de réflexion très intéressante et à creuser, dans l'intérêt de tous... et surtout pour éviter de nouvelles victimes.
Stéphane
16:50 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Socialiste, DSK, Vanves, 92, Hauts-de-Seine, présidentielle, 2007
Travail, précarité, individualisme. La gauche est en panne sur ses thèmes de prédilection. - par Roger SUE
Travail, précarité, individualisme. La gauche est en panne sur ses thèmes de prédilection.
Encore un effort de modernité
par Roger SUE
Libération : jeudi 06 avril 2006
Roger Sue, professeur à l'université Paris-V-Sorbonne.
A une année environ des élections majeures pour notre pays, rien n'est encore joué. La gauche peut toujours espérer tirer son épingle du jeu et profiter à son tour de la mécanique de l'alternance, du rejet de l'actuelle majorité ou du pouvoir de séduction de son (sa) candidat(e). Mais gouverner pour quoi faire ? Au-delà des programmes électoraux plus ou moins démagogiques, les grandes victoires de la gauche, celles qui ont fortement mobilisé l'opinion, ont toujours été précédées d'une domination culturelle dans le débat d'idées, l'identifiant au processus de modernisation, comme en 1981 où il s'agissait ni plus ni moins que de «changer la vie». A la différence des partis conservateurs, la gauche est le parti du mouvement qui doit impulser une dynamique culturelle et incarner les forces du progrès et de l'avenir. Or, si la droite s'est empêtrée avec le CPE en se mettant une nouvelle fois la jeunesse à dos, le «logiciel» de la gauche sans lequel il n'est pas de bons programmes, semble toujours en panne. Pis, ce sont les grands thèmes de prédilection de la gauche où elle semble la plus déstabilisée, comme prise de court par l'évolution de la société. Prenons quelques exemples.
La gauche a toujours défendu, avec les syndicats ,le travail et les travailleurs. Fort bien, mais que répond la gauche quand le travail se réduit et se fragmente (automation, délocalisation, concurrence des pays émergents); quand la flexibilité devient économiquement incontournable même si elle est socialement intolérable; quand le temps de travail, voire le travail lui-même, est de moins en moins la mesure de la richesse, quand la question sociale est de moins en moins réductible à celle du travail ?
Comment être le parti des travailleurs sans travail ou avec un travail qui ressemble de moins en moins au salariat classique, sans espoir de retour ? Que dit la gauche quand on assiste depuis la fin des Trente Glorieuses à ce déplacement massif de la nature du travail, de ses contenus, de sa place dans la vie des gens, dans la production comme dans la redistribution de la richesse ? Même sur la réduction du temps de travail, dont le chômage et le sous-emploi sont les formes délétères, on ne l'entend plus guère.
De même, la gauche a toujours insisté sur l'importance de l'Etat et la nécessité d'un vaste service public. Mais quelle est clairement la position de la gauche sur la question stratégique des prélèvements obligatoires ? Continuer à les réduire selon un courant désormais majoritaire dans l'opinion, ou au contraire les augmenter ? En admettant que l'on se place dans une perspective de stabilisation, ou de légère augmentation en reprenant les cadeaux fiscaux généreusement distribués aux plus nantis, comment faire face à la pression économiquement et socialement légitime pour plus de santé et de soins, plus d'éducation et de formation ?
A l'évidence, comme l'indique le déficit chronique de l'assurance maladie ou la grande misère des facs (qui n'est pas pour rien dans la révolte des étudiants), le service public ne peut pas, à lui seul, faire face à cette demande exponentielle. Faut-il alors s'en remettre au marché ou plutôt faire appel au secteur de l'économie sociale et associative étrangement négligé par la plupart des responsables, alors qu'il s'agit d'une composante importante de la culture de gauche, ni social libérale, ni social étatiste ?
Autre exemple, la participation politique. Depuis toujours, la gauche considère, à juste titre, que le désintérêt pour la politique favorise la droite et qu'il faut lutter contre l'abstention chez les jeunes et dans les cités notamment. Mais comment réagit la gauche institutionnelle face au discrédit du politique qui la concerne directement et à la nécessité de faire de la politique autrement, de la rendre plus proche des individus, de fortifier les corps intermédiaires (syndicats et associations), d'organiser d'autres formes de représentation de la société civile, d'encourager la citoyenneté et la démocratie participative dont on vient de voir l'impérieuse nécessité ? Si les citoyens sont lassés du jeu des partis et de la course à l'échalote pour la présidence, en revanche nombre d'entre eux sont prêts à agir pour le bien public et l'intérêt général pour peu qu'on leur en donne les moyens. La politique, moins que jamais réductible au système électif, change de sens. La gauche de gouvernement en est-elle bien consciente ?
Prenons enfin la primauté du collectif. La gauche a toujours privilégié le collectif (le peuple, la classe, le parti) face à l'individualisme, réputé synonyme de libéralisme. Mais que propose la gauche face au triomphe de l'individu, face à une «société des individus» (Elias) qui ne rime d'ailleurs pas nécessairement avec égoïsme et repli sur soi, mais qui recompose le collectif à partir des individus eux-mêmes et non sur le mode vertical des institutions et des élites politiques qui permettait de décréter le bien commun d'en haut. Or ce primat de l'individu et du fonctionnement en réseau, à l'image de l'Internet, est une révolution culturelle en soi dont on tarde à percevoir les leçons politiques qu'en tire la gauche institutionnelle.
Est-il encore temps, avec des échéances si proches, de procéder à un aggiornamento de la culture de gauche ? Il en est heureusement question. Mais une révision de cette ampleur, compte tenu de l'éclatement actuel de la gauche, ne se fera pas en un jour. On se rappelle que la victoire de 1981, après bien des déconvenues, est le résultat d'une lente montée en puissance autant culturelle que politique.
Il est peu probable que les responsables actuels acceptent de prendre le risque d'une telle révision qui peut mettre du temps à convaincre son électorat. C'est pourtant l'honneur de la gauche que de privilégier le combat d'idées sur l'intérêt immédiat de ses leaders, quitte à affronter une traversée du désert qui peut lui être salutaire. Il n'est pas sûr que l'on en prenne le chemin si l'on en croit la petite musique parfois distillée sur l'air du «Travail, Famille...». Vous avez dit «révision» ?
Dernier ouvrage publié : la Société contre elle-même, Fayard, 2005.
11:55 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Socialiste, DSK, Vanves, 92, Hauts-de-Seine, présidentielle, 2007
29.05.2006
Pour l’Europe, une épitaphe et un espoir - par Michel Rocard
L’Europe agonise. Un coup de plus vient de lui être donné le 4 avril dernier par un acte encore peu connu en France : la capitulation en rase campagne des eurodéputés. Ils ont accepté de respecter la discipline de leurs gouvernements nationaux sur les perspectives financières 2007- 2013 qui sont un arrêt de mort pour toute politique nouvelle et mettent en cause le peu que l’Europe fait déjà ensemble. Dans cette affaire, l’Europe a beaucoup d’assassins. Dressons-en la liste.
Premièrement, une mutation mondiale du capitalisme dans laquelle l’Europe n’est pour rien mais qu’elle paie plus que d’autres. Elle fut créée à l’époque du capitalisme que Michel Albert appelait rhénan, c’est-à-dire d’un capitalisme managérial régulé, connaissant le plein emploi, une croissance régulière et rapide, une forte protection sociale et une stabilité financière honorable. Les puissances publiques restaient maîtresses de la création monétaire et utilisaient cet outil pour limiter les fluctuations internationales et alimenter leurs croissances internes. Mais l’actionnaire qui, dans cette phase, était un peu la victime, s’est réveillé. A travers les fonds de pensions, les fonds d’investissement, les fonds spéculatifs (hedge funds), il s’est organisé, donnant mandat aux bureaucraties, qui le représentent maintenant dans toutes les grandes entreprises, d’exiger partout le dividende le plus élevé possible dans les délais les plus courts possibles.
Cette pression a poussé toutes les entreprises des Etats-Unis, du Japon ou de l’Europe à « externaliser » massivement leurs activités.
Dans les très grandes entreprises, l’action syndicale et les conventions défendent un alignement relatif et proportionnel des salaires sur ceux des travailleurs les plus qualifiés, en même temps qu’une relative stabilité de l’emploi. Transformer l’essentiel de ces gens en salariés de PME, isolés, faibles et non syndiqués, rend infiniment plus facile la pressurisation des salaires et l’interruption sans préavis des contrats de fournitures. C’est ainsi que le travail devint précaire. Presque nulle vers 1970, la précarité du travail ou le chômage, conjointement, concernent maintenant près de 20 % de nos populations. En outre, ce manque de pouvoir d’achat ralentit la croissance qui n’a, d’autre part, plus d’alimentation monétaire. La croissance molle est notre fléau, qu’on attribue à tort à l’Europe.
Deuxièmement, les rejets de l’Europe aux réferendums. Nos peuples ont pris le projet de constitution en otage pour signifier leur refus de la société actuelle telle qu’elle est devenue. Nous y avons perdu quelques avancées procédurières qui auraient été utiles, car la mise au point finale du projet tenait un peu du miracle. Nous y avons surtout perdu l’Europe sociale, dont la charte des droits intégrée dans la Constitution devait être un tremplin de démarrage. A quelque chose malheur pourrait être bon si, au moins, l’on en tirait conclusion pour s’accorder sur la définition de l’ennemi. Ce qu’il faut combattre, c’est la précarisation générale des rapports sociaux et notamment du travail. Le vrai danger, c’est la dérive actionnariale du capitalisme.
J’en veux à l’argumentation dangereusement mensongère de ceux qui affirment que la vraie Europe s’en remettra fort bien et que le non permettra de rouvrir de meilleures négociations pour aboutir à une Constitution et à une Europe plus sociales. Ils n’ont pas vu que, ce faisant, ils tiraient sur une ambulance. Le néant de cette perspective apparaît de manière limpide aujourd’hui. Qu’on nous laisse en paix avec l’Europe sociale, elle est morte, hélas, avec l’Europe politique dans cette opération ! Nous étions nombreux à avoir dit, moimême dans ce journal, qu’un éventuel succès du non serait une première et grande victoire pour les forces de désagrégation et qu’inévitablement, elles aggraveraient leur offensive ensuite. C’est ce qui se passe au Conseil des ministres.
Troisièmement, le Conseil des ministres. Le vrai assassin de l’Europe, c’est lui. Car quelle est l’enceinte où, méthodiquement, depuis trente ans, tout progrès vers l’Europe politique et vers l’Europe sociale a été entravé, contrecarré et finalement interdit ? Quelle est l’enceinte où la priorité donnée aux exigences de court terme des intérêts nationaux a rendu une majorité de proeuropéens incapables d’imposer leur projet, la diplomatie britannique trouvant toujours assez d’alliés, malgré d’évidentes dominances pro-européennes, tant à la Commission qu’au Parlement ? C’est le Conseil des ministres. Au demeurant, il n’y a plus, en Europe, depuis au moins dix ans, de chef de gouvernement national qui considère l’Europe comme une priorité valant de prendre des risques politiques importants.
Ainsi s’explique assurément le dernier coup, tragique celui-là, qui vient d’être porté à l’Union. Il s’agit des perspectives financières à 7 ans, pour les années 2007 à 2013. La Commission, pourtant très conservatrice dans sa composition actuelle, avait jugé ne pas pouvoir tenir ses responsabilités sans disposer d’un budget progressant de 1 % à 1,24 % du PIB européen. C’était l’évidence et nous fûmes nombreux à trouver qu’elle tirait court.
Le Parlement, saisi de cet avis de la Commission, a produit le sien. Avec un grand esprit de responsabilité et de modération, avec même une surprenante prudence, mais sentant venir ce qui allait se passer, il a – c’est une première historique – fixé l’enveloppe de ses souhaits budgétaires un peu en dessous de celle de la Commission, à 1,18 % du produit brut. Cela permettait de continuer sans les intensifier les politiques en cours, de donner un peu de souffle à la stratégie dite de Lisbonne – l’Europe de la connaissance –, d’intensifier quelque peu notre effort de coopération et nos interventions humanitaires, et de traiter presque décemment les élargissements.
Impavide et impitoyable, le Conseil des ministres n’a rien voulu savoir. Certains gouvernements nationaux ont ordonné – quelle vision démocratique ! – aux parlementaires européens de leurs pays de s’aligner. La capitulation baptisée accord et datée du 4 avril aboutit à une enveloppe financière pour 7 ans inférieure de 12 % (soit 866 milliards d’euros contre 989) à ce que demandait le Parlement, c’est-à dire à un budget annuel moyen de 1,049 % du PIB européen, donc, à un epsilon près, à la reconduction du budget actuel, sans qu’il soit tenu compte ni des nouvelles missions ni des nouveaux membres. Les diminutions des enveloppes sont les suivantes : soutien à la compétitivité et à la croissance (- 37 %) ; fonds structurels et fonds de cohésion (- 10 %) ; conservation et gestion des ressources naturelles (- 21 %) ; soutien à la défense de la liberté, de la sécurité et de la justice (- 33 %) ; actions extérieures (- 27 %). Au sein de ces enveloppes, dans le détail des chapitres, on trouve : développement rural (- 21 %) ; programme de formation tout au long de la vie (- 42 %) ; VIIe programme cadre pour la recherche et le développement (- 27 %) notamment.
Tout est à l’avenant. C’est un assassinat, une interdiction faite à l’Europe de conduire correctement ses actuelles missions et, surtout, d’en entreprendre de nouvelles. Voilà. Le non a gagné, il a détruit. Reste à faire le deuil de nos espérances en se souvenant que le carcan qui vient d’être adopté nous bloque pour sept ans.
Géostratégiquement, l’Europe entre en semi-hibernation au moment où les Etats-Unis sont plus arrogants que jamais, où la Chine et l’Inde effectuent un décollage vertigineux, suivies de loin par le Brésil, et où la Russie se réveille.
Reste une chance à courir. L’Europe a principalement souffert, dans cette aventure, de la mutation sauvage du capitalisme évoquée plus haut. Or, pour des raisons multiples, dont la principale tient aux déséquilibres financiers himalayens où se complaisent les Etats-Unis, les temps qui viennent verront inévitablement une confrontation des formes d’organisation économique – et donc des modèles sociaux – entre les Etats-Unis et l’Europe. Et là, tout ce qui nous reste est une économie intégrée avec un vrai pouvoir de décision en matières douanière, commerciale, de concurrence et monétaire. Cela suffit pour organiser la résistance avec des chances sérieuses de victoire. Cette piste est la seule qui demeure ouverte. Elle ne peut être engagée que par la gauche d’Europe – sous condition que le diagnostic soit partagé et le combat vigoureux. Alors peut-être, dans un monde capitaliste de nouveau régulé, et apaisé, et dans une ou deux décennies, un espoir européen pourra renaître.
Député (PS) au Parlement européen, ancien premier ministre.
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